LA PREMIÈRE
GUERRE
MONDIALE

 

TRANSITIONS ET LUTTES
DE L’APRÈS-GUERRE

Une photographie en noir et blanc d’un bâtiment en brique d’apparence solide de deux étages avec des rangées de hautes fenêtres. La porte d'entrée possède un portique en pierre s'étendant jusqu'à la ligne de toit. Plusieurs colonnes de pierre s'élèvent de chaque côté de la porte.

Le campus du Memorial University College, sur la rue Parade à St. John’s, en 1925. Le collège a été rebaptisé Memorial University of Newfoundland en 1949 et emménagé dans un nouveau campus sur l’avenue Elizabeth en 1961.
Avec l’aimable autorisation de la division des archives provinciales The Rooms, B 6-49

Un relief représentant une tête de caribou, en bronze, repose sur un fond blanc entouré d'un cadre circulaire rouge. Dans la bande rouge, en majuscules, se trouvent les mots « Great War Veterans Association, Newfoundland ».

Cette épinglette de la Great War Veterans’ Association représente un caribou, symbole du Newfoundland Regiment et de la Newfoundland Forestry Companies.
Avec l’aimable autorisation des archives et collections spéciales, 23.03.018, Memorial University Libraries

DE RETOUR, MAIS TOUT A CHANGÉ

Après la guerre, les soldats de la Newfoundland Forestry Companies rentrent chez eux, dans un pays qui va bientôt crouler sous les dettes de guerre. Quand la Grande Dépression commence, le dominion de Terre-Neuve est déjà au bord de l’effondrement économique.

Si leur travail est très valorisé et apprécié au Royaume‑Uni, les forestiers ne reçoivent que peu de reconnaissance dans leur propre pays, ne bénéficiant même pas d’une aide gouvernementale suffisante en cette période de difficultés économiques. Les membres de la NFC qui rentrent au pays doivent se démener pour recevoir les mêmes allocations et avantages d’anciens combattants que les soldats du Newfoundland Regiment, auquel appartient la NFC.

La Great War Veterans Association dirige la lutte pour que toutes les personnes qui ont servi pendant la guerre soient reconnues. Les efforts de l’organisme aboutiront à la création du Monument commémoratif national de guerre de Terre-Neuve, inauguré à St. John’s en 1924. L’une des figures de la sculpture est un forestier. Un monument vivant, le Memorial University College, sera également fondé en 1925 pour honorer les quelque 1 500 personnes du dominion de Terre-Neuve qui perdirent la vie pendant la Grande Guerre.

Après la guerre, la grave pénurie de bois qui avait menacé le Royaume-Uni pendant le conflit est abordée sous un nouvel angle. En 1919, on crée une administration forestière, la Forestry Commission, pour régénérer les forêts britanniques décimées par les coupes qui ont répondu aux besoins de la guerre. On estime que 450 000 acres (1 820 km2) de forêt ont été abattus. Outre ses efforts de boisement et de reboisement, la Forestry Commission vise aussi l’exploitation durable des forêts. Les forestiers de la NFC reviennent avec beaucoup d’idées de la Commission à Terre-Neuve, où de vastes zones de terres arborées sont rasées sans surveillance adéquate, notamment pour alimenter l’industrie papetière naissante.

REGARDER ET ÉCOUTER

UNE RECONNAISSANCE DE GLASGOW

La contribution des forestiers à l’effort de guerre n’est pas passée inaperçue au Royaume‑Uni. Dans cet article publié dans The Evening Telegram le 2 juillet 1919, on décrit une scène où des Écossais sont rassemblés pour faire leurs adieux aux Terre‑Neuviens.

Résumé : Cette vidéo comprend une série de photographies historiques illustrant les points du récit. On y voit des soldats embarquant sur le SS Cassandra, un titre de journal, l’arrivée du SS Cassandra à St. John’s, un navire quittant Glasgow et une photo de groupe du Royal Newfoundland Regiment.

Titre : « Glasgow Appreciation » (une reconnaissance de Glasgow)

Narratrice : Le maire s’est adressé aux troupes au nom des citoyens de Glasgow et a fait un grand éloge du service splendide rendu par les coloniaux pendant la Grande Guerre.

Un titre de journal avec les mots “Glasgow’s Appreciation. Shortly before the S. S. Cassandra left Glasgow on the afternoon of June 24th, the Major and Councillors visited the ship and were received by Major Emerson and officers of the Nfld. And Canadian regiments.” (« Une reconnaissance de Glasgow. Peu avant le départ du SS Cassandra de Glasgow dans l’après-midi du 24 juin, le major et les conseillers ont visité le navire et ont été reçus par le major Emerson et des officiers des régiments de Terre-Neuve et du Canada. »)

Il leur a souhaité à tous de « bons vents » et un retour en toute sécurité à leurs foyers et à leurs proches.

Les troupes ont ensuite donné trois bravos enthousiastes au maire et aux citoyens de Glasgow pour leurs bons vœux et pour leur généreux don de 50 000 cigarettes.

[Un quatuor d’hommes non accompagné chante « Auld Lang Syne » en harmonie.]

Après avoir chanté le « Auld Lang Syne » et pendant que les troupes écossaises jouaient le « Britannia Rules the Waves », le SS Cassandra quitta le quai pour naviguer sur la Clyde en route vers la mer…

[Le quatuor continue de chanter le refrain de « Auld Lang Syne ».]

For auld lang syne, my Dear,
For auld lang syne,
We’ll tak a cup o’ kindness yet,
For auld lang syne.

Crédits :

Production : Ursula A. Kelly et Meghan C. Forsyth
Narratrice anglaise : Fiona Miller
Enregistrement : Keith Miller

Photographies utilisées avec l’aimable autorisation de la division des archives provinciales The Rooms et de la Library of Congress

« Auld Lang Syne » (Robert Burns) enregistré en 1918 par le Peerless Quartet, utilisé avec l’aimable autorisation de la Library of Congress Recorded Sound Collection

2024

Logos : Grand Falls-Windsor Heritage Society, Université Memorial et Musées numériques Canada

Des soldats terre-neuviens, dont le dernier membre de la NFC à quitter le Royaume-Uni, et le sergent quartier-maître régimentaire John A. Barrett (n° 8028 de la NFC), montent à bord du SS Cassandra à Glasgow, le 24 juin 1919.
Avec l’aimable autorisation de la division des archives provinciales de The Rooms, VA 125-16.1

DES FORÊTS ATTAQUÉES

Cet éditorial du Western Star (23 juillet 1919), ici traduit de l’anglais, traite de l’approche du Royaume-Uni pour remédier aux coupes à blanc de la guerre, avançant que les mêmes principes devraient être appliqués à la conservation des forêts à Terre-Neuve. À l’époque, des « barons du bois » ont des baux leur permettant de couper de vastes étendues de forêt, et l’industrie papetière est en plein essor. Les activités à l’usine de Grand Falls sont sur le point de s’élargir jusqu’à une deuxième usine à Corner Brook.

Une photographie en noir et blanc d’une forêt enneigée sur de basses collines. À l’arrière-plan, un versant dénudé offre un contraste marqué avec les arbres denses au premier plan.

Une photo de la forêt dans les bois du château de Murthly, près de Birnam et Dunkeld, en 1925. La NFC a abattu des arbres dans cette région du Perthshire, en Écosse, comme il est possible de le constater au loin.
Photo de Robert Moyes Adam, avec l’aimable autorisation des bibliothèques et musées de la University of St Andrews, RMA-H-1605.

L’appétit insatiable de la civilisation dévaste jour après jour les dernières grandes forêts du monde et, dans certains pays, l’industrie du bois devient très importante, au point que les yeux des capitalistes se tournent vers d’autres pays que le leur, où les forêts sont vierges.

À Terre-Neuve, l’industrie du bois a longtemps été un complément précieux à d’autres industries, et des centaines de milliers de dollars sont en circulation aujourd’hui grâce à une industrie qui n’en était qu’à ses balbutiements il n’y a pas si longtemps.

Il y a encore beaucoup de collines et de vallées, richement couvertes de bois massif : bouleaux, épinettes, sapins, pins blancs et genévriers, et qui nécessitent toute l’attention qu’une administration avisée peut accorder à leur préservation.

Il est essentiel pour l’avenir de nos forêts que notre gouvernement adopte une politique forestière et, à cette fin, la création d’un ministère des Forêts s’impose. Personne ne remettra en question une telle mesure, car il est bien connu que nos zones forestières se vident rapidement et que peu ou pas d’efforts sont faits pour les conserver ou pour mettre en œuvre un système de boisement. […]

Aujourd’hui, les Anglais et les Écossais sont plus que jamais conscients du fait que les forêts du monde entier (et en particulier les leurs) s’épuisent rapidement. Ils se préoccupent grandement de la question de l’approvisionnement en bois d’œuvre. Ils sont attentifs aux besoins futurs de l’État et encouragent par tous les moyens possibles le reboisement des terres qui ont été rasées.

En effet, ils sont si bien sensibilisés qu’ils ont créé des écoles de foresterie où l’on enseigne les mêmes méthodes scientifiques et pratiques de boisement qu’à l’école de foresterie de Dunkeld, près des sites de la NFC. Aujourd’hui, ils travaillent dans les pépinières et plantent des arbres sur le domaine du duc d’Atholl, qui a été mis à nu par les haches de nos bûcherons, afin que leur propre pays puisse bénéficier de ces nouvelles connaissances.

Que compte faire notre propre gouvernement? Annoncera-t-il une politique, non seulement pour la conservation de nos zones forestières actuelles, mais aussi pour le reboisement des vastes étendues de pays qui ont été vidées de leur bois de qualité?

Une photo en noir et blanc de deux hommes, chacun tenant un outil en forme de T, se penchant pour percer des trous dans un sol aride. Ils portent des pantalons, des chemises et des casquettes et regardent la caméra. Au-delà d'eux se trouve un bosquet d'arbres feuillus à flanc de colline.

Deux hommes plantent des arbres près de Birnam et Dunkeld, 1926.
Photo de Robert Moyes Adam, avec l’aimable autorisation des bibliothèques et musées de la University of St Andrews, RMA-S-803

VOS EFFORTS ONT ÉTÉ D’UNE VALEUR INESTIMABLE POUR CE PAYS

Les membres de la NFC reçurent beaucoup d’éloges pour leur travail de la part des autorités gouvernementales du Royaume‑Uni et de Terre‑Neuve. On trouvera ci-dessous un extrait d’une lettre que John Stirling Maxwell, contrôleur adjoint de Timber Supply, à Édimbourg, écrivit au major M. Sullivan, commandant de la Newfoundland Forestry Companies. Le 18 mars 1919, The Evening Telegram publia la lettre dans son intégralité, ici traduite de l’anglais.

« Maintenant que vous commencez à vous détendre à Kenmore, je tiens à vous exprimer, au nom de la branche écossaise du ministère des Approvisionnements en bois, nos sincères remerciements pour l’aide que nous avons reçue de vous, de vos officiers et de vos hommes, ainsi que de M. Beeton qui a voué une grande amitié pour l’entreprise. Vous vous êtes attaqués à deux des défis les plus difficiles qui sont survenus dans le cadre des travaux du Ministère en Écosse : la goulotte de 3 000 pi que vous avez construite à Craigvinean restera gravée longtemps dans notre mémoire, car elle marque une nouvelle époque de l’exploitation forestière en Écosse… Vos efforts ont été d’une valeur inestimable pour ce pays à un moment où nous avions intensément besoin du bois pour l’effort de guerre et où la main-d’œuvre était impossible à obtenir… Nous tous dans ce bureau, nous qui avons eu l’occasion de travailler avec vous, le major Baird, et vos autres officiers, nous nous souviendrons avec joie des deux années que vous avez passées avec nous en Écosse. Je vous serais reconnaissant si vous pouviez trouver un moyen de transmettre nos remerciements aux officiers et aux hommes. »

SOUTIEN POUR LES MANIEURS DE LA HACHE ET DE LA SCIE

À Terre-Neuve, le tribunal de l’opinion publique ne se prononça pas toujours favorablement sur la valeur du service des forestiers, qui fut souvent ignorée ou rejetée. Certaines personnes, comme l’auteur de cet éditorial du The Evening Telegram, reconnurent la valeur de leur contribution et plaidèrent pour que d’autres fassent de même.

Les hommes des services de combat, dans le Royal Newfoundland Regiment et la Royal Naval Reserve, ont fait l’objet d’éloges, et ont été divertis, célébrés et honorés, acclamés et accueillis par tous les moyens qui peuvent découler de cet enthousiasme, naissant du patriotisme et de la fierté des vaillants membres de l’armée et de la marine qui ont si héroïquement combattu et conquis… Mais il y a une autre division vêtue de kaki dont les services pendant la Grande Guerre ont été des plus importants, mais pour qui, pendant qu’ils travaillaient assidûment et ouvertement, il y a eu peu d’éloges ou de louanges, voire aucun. Il reste que leur rôle dans cette guerre a tout de même eu son importance et que leurs efforts ont été indispensables, même si leur forme de service ne les obligeait pas à se rendre à la ligne de front. Il s’agit des manieurs de la hache et de la scie : les bûcherons de l’armée et de la nation, les bataillons forestiers de l’Empire dont les travaux étaient incessants pour fournir les énormes approvisionnements en bois équarri et scié, si nécessaires aux forces combattantes. Ces matériaux ont été utilisés d’une multitude de façons différentes, dans les foyers et sur le terrain, à l’avantage des Alliés. »


– extrait de « The Forestry Battalion », un éditorial du The Evening Telegram, 19 mars 1919 (traduit de l’anglais)

Une photographie sépia de quatre hommes en uniforme et casquette. Deux sont perchés sur le bord d’un plateau de wagon, l’un avec la main posée sur une pièce d’équipement. Les deux autres se tiennent derrière eux. Une colline dénudée avec une forêt au niveau supérieur s'élève derrière eux.

Quatre soldats de la NFC sur un chariot à Craigvinean Hill, vers 1917.
Avec l’aimable autorisation du révérend Brian Colbourne

UNE QUESTION DE JUSTICE

Les forestiers eux-mêmes se tournent parfois vers la presse pour revendiquer une meilleure reconnaissance, comme en témoigne cette lettre au rédacteur en chef du The Evening Telegram, le 4 février 1919, ici traduite de l’anglais.

Veuillez m’accorder de l’espace dans votre journal très important pour parler de la paye et d’autres sujets relatifs à la Newfoundland Forestry [Companies]. Je pense, Monsieur l’Éditeur, qu’ils devraient être alignés sur la paye du régiment. Je ne dis pas qu’ils devraient en recevoir autant, mais ils sont tout simplement oubliés. Lorsque nous nous sommes enrôlés, nous avons été traités comme des soldats. Nous avons reçu le même salaire et les mêmes provisions que les [soldats] réguliers… [L]orsque nous avons été libérés, nous n’avons reçu que vingt dollars (20,00 $) pour les vêtements, et maintenant les soldats de ligne reçoivent soixante dollars (60,00 $). Ce n’est pas juste et il faut faire quelque chose pour les forestiers. C’est donc à la Great War Veterans Association de décider si elle va nous aider ou non.

Une photographie ovale colorisée d'un homme en uniforme marron sur un fond doux de verts. Il porte des lunettes rondes à monture métallique et se tient debout, les jambes écartées, tenant un bâton de fanfaronnade à deux mains et le reposant contre ses cuisses.

Le soldat William Woodford, Newfoundland Forestry Companies, vers 1917.
Avec l’aimable autorisation de la division des archives provinciales The Rooms, A56-113

PORTRAIT D’UN FORESTIER

William J. Woodford (no 8211 de la NFC) de St. John’s a 21 ans lorsqu’il s’enrôle dans la Grande Guerre, le 28 mai 1917. Il est l’un des trois frères Woodford à partir outre-mer : son frère Frank (no 364 du NR), membre du Newfoundland Regiment, perd la vie lors de la bataille de Beaumont-Hamel le 1er juillet 1916, et Michael s’engage au sein de la NFC (no 8030) en avril 1917. William ne pouvant faire son service ordinaire au sein du régiment (à cause de son œil de verre) devient lui aussi forestier.

William servira jusqu’à la fin de la guerre. Lors de sa démobilisation (le 9 juillet 1919), il est caporal suppléant. Il épouse Jessie Elizabeth Ross, de Kingussie, dans l’Inverness-shire, en Écosse. Le couple s’installe à St. John’s (Terre-Neuve), où William occupera divers postes au sein du service postal de Terre-Neuve. En 1949, il est nommé membre de l’Empire britannique (MBE) pour son travail au sein de la section de St. John’s du Great War Veterans’ Association of Newfoundland, une association qui défend le bien-être des anciens combattants de la Grande Guerre.