La Première
GUERRE
MONDIALE

 

AU REVOIR
ET BON RETOUR

Photographie en noir et blanc d’un navire à vapeur à la coque sombre, avec des mâts à l’avant et à l’arrière et une rangée d’embarcations de sauvetage sur bossoirs, s’éloigne d’un rivage herbeux jalonné de quelques bâtiments.

Le SS Florizel, vers 1915. Les marchands terre-neuviens Bowring Brothers sont propriétaires de ce navire à passagers, qui commence à servir de transport de troupes en 1914. Le premier contingent du Newfoundland Regiment (la première tranche de 500 hommes) part pour l’Angleterre à bord du Florizel.
Avec l’aimable autorisation des Maritime History Archives, Université Memorial, PF-001.1-T06B

1917 : Des mers dangereuses

À l’époque, les Terre-Neuviens et les Labradoriens avaient l’habitude des voyages en mer. Les navires côtiers, et non les routes, reliaient les localités des petits ports isolés les unes aux autres, et la partie continentale du Labrador. De nombreux hommes étaient des marins expérimentés qui pêchaient dans les eaux océaniques proches et lointaines.

En revanche, ils n’étaient pas aussi familiers avec les voyages transatlantiques en temps de guerre. Pendant la Première Guerre mondiale, les navires de chasse aux phoques et les paquebots ont été transformés en navires de transport de troupes pour emmener les soldats et les forestiers à l’étranger. Les conditions météorologiques en mer pouvaient toujours causer des problèmes, mais les sous-marins allemands s’ajoutèrent aux périls. Les navires voyageaient en convois avec des escortes pour faire en sorte que les passages soient plus sécuritaires. 

Le 19 mai 1917, le premier contingent de 99 soldats de la Newfoundland Forestry Companies (NFC) quitta St. John’s. Il partit en direction d’Halifax, en Nouvelle-Écosse, à bord du SS Florizel pour se joindre à un convoi outre-mer. Un deuxième contingent suivit en juillet de la même année, et des plus petits groupes firent le voyage l’année suivante.

Photographie de studio en noir et blanc de 30 hommes en uniforme répartis sur cinq rangées. Ceux du premier rang sont assis en tailleur sur un tapis. Les hommes ont des expressions variées et regardent directement l’appareil photo.

Groupe de recrues da la NFC, 1917.
Avec l’aimable autorisation de la Grand Falls-Windsor Heritage Society

REGARDER ET ÉCOUTER

A SOLDIER’S FAREWELL (l’adieu d’un soldat)

Paroles du soldat Arthur C. King (no 8387 de la NFC)
Mélodie de George F. Root

Paroles publiées dans The Evening Telegram, St. John’s, 7 décembre 1917

Comme la plupart des soldats volontaires, les membres de la Newfoundland Forestry Companies croyaient en l’importance du service de guerre. Beaucoup d’entre eux avaient déjà cherché à jouer un rôle au combat, mais ne répondaient pas aux exigences du régiment. Ils ont démontré leur engagement à la cause de la guerre par d’autres moyens que l’enrôlement, notamment en encourageant d’autres personnes dans leur foyer à s’enrôler. 

Dans A Soldier’s Farewell (l’adieu d’un soldat), le soldat Arthur C. King (no 8387 de la NFC) de Grand Falls, à Terre-Neuve, demande à ceux qui ne se sont pas enrôlés d’écouter et d’agir « quand votre roi et votre patrie vous lanceront l’appel ». La mélodie s’inspire d’une chanson de George Root intitulée Just Before the Battle, Mother. Écouter un arrangement choral de la chanson interprétée par le Newman Sound Men’s Choir.

La vidéo s’ouvre sur un plan d’ensemble de l’intérieur d’une église. Une chorale d’hommes se tient près de l’autel, ses membres en costumes sombres et nœuds papillon. Des gros plans sur les visages des hommes et la chorale, vus sous différents angles, sont entrecoupés de quelques photographies historiques (de forestiers d’outre-mer) pendant que le chant est chanté.

[Chœur d’hommes chantant, accompagné au piano]

Paroles en anglais :
Just before I leave you, mother
I must bid a fond farewell
Where I’m going I cannot tell you
But I hope ’twill all be well
’Tis a call from King and Country
And my duty is to go
Though it breaks my heart to leave you
For I find it hard you know.

Good-bye, mother; farewell, father
I must say good-bye to you
When away from home and loved ones
I will always think of you.

When my training here is over
And my duty here is done
I must leave the dear old homestead
For to battle with the Hun
When the bugle sounds the “Fall in”
I’ll be ready for to go
When my King and Country call me
Across to Flanders then to go. 

When we sail across the ocean
And are tossed about the sea
And I know my mother’s praying
For her boy upon the sea
When on Foreign Fields I’m roaming
Far across the ocean foam
With my eyes towards the Heavens
Leave, ah leave me not alone. 

Now my friends are left behind me
Oh get ready now and come
Yes! Your King and Country call you
Men of War to face the Hun
Come on, boys, and don’t be cowards
Join the colours right away
Fill the place of them that’s falling
Do it now and don’t delay.

Interprètes : Newman Sound Men’s Choir
Directrice artistique : Jennifer Hart
Pianiste collaboratrice : Leslee Heys
Solistes : Noah Williams, Daniel Browne, Hugh Donnan et Glen Chafe

Mélodie Just Before the Battle, Mother : George F. Root, vers 1862
Paroles : Arthur C. King, 1917
Arrangement : Leslee Heys, 2023

Enregistrement audio et montage : Steve Lilly
Vidéographie : Chris Crockwell
Production vidéo : Perfect Day, 2023

Créée pour « Des haches pour les alliés : les forestiers de Terre-Neuve et de Labrador en temps de guerre » par Ursula Kelly et Meghan Forsyth, un site Web financé par Musées numériques Canada, un programme d’investissement administré par le Musée canadien de l’histoire.

Filmée à la cathédrale de Saint-Jean-Baptiste, St. John’s, Terre-Neuve-et-Labrador (Canada)

Photos d’archives utilisées avec l’aimable autorisation de la Dunkeld Community Archive, à Dunkeld, dans le Perthshire, en Écosse

JOHN BARRETT : LE SCRIBE DES FORESTIERS

John A. Barrett (no 8028 de la NFC) de Birchy Cove (plus tard appelé Curling) était âgé de 43 ans. Célibataire lors de son enrôlement dans la Newfoundland Forestry Companies à St. John’s le 20 avril 1917, il reçut le grade de caporal et s’embarqua pour l’Écosse avec le premier groupe de forestiers moins d’un mois plus tard. 

Pendant les opérations de la NFC en Écosse, John A. Barrett a occupé de nombreux postes : quartier-maître, magasinier, caporal de rationnement et infirmier. Journaliste de carrière avant la guerre, il se voit également confier le rôle de correspondant de presse de la NFC. Dans le cadre de ce travail, il écrit des lettres aux journaux de Terre-Neuve pour décrire le travail des forestiers d’outre-mer. Ses récits fournissent des détails inestimables sur l’unité pendant son séjour en Écosse.

John Barrett est promu sergent quartier-maître régimentaire le 11 février 1919 à Kenmore, en Écosse. Il quitte ce poste au début du mois de juin 1919 et est affecté au Pay and Record Office à Londres. Le 4 août 1919, il est démobilisé à St. John’s.

En 1920, John Barrett épousa la poétesse Ena Constance Culbard à Dunkeld. Le couple a vécu une vie longue et bien remplie à Terre-Neuve et a apporté une contribution durable à sa collectivité et à son pays. John est décédé en 1955 et Ena, en 1967.

Photographie en noir et blanc, tête et les épaules, d’un homme au large sourire chaleureux et une mâchoire carrée. Il porte un uniforme et une casquette. Derrière lui se trouve une falaise accidentée.

Le sergent quartier-maître régimentaire John A. Barrett, vers 1919.
Avec l’aimable autorisation de la division des archives provinciales The Rooms, VA 125-15
Papier à en-tête de la Newfoundland Forestry Companies, 1917.
Avec l’aimable autorisation de la division des archives provinciales The Rooms

« Alors, les gars, enrôlez-vous dès maintenant et venez en aide à votre roi, votre patrie et votre foyer. »

PREMIÈRE LETTRE DE NOS FORESTIERS

2 juillet 1917
Dunkeld, dans le Perthshire, en Écosse
(Traduite de l’anglais)

Monsieur,

Nous savons tous que les amis et les parents à Terre-Neuve de la compagnie A de la Newfoundland Forestry Companies sont impatients de savoir comment nous nous en sortons. C’est pourquoi, au nom des « gars », je vous envoie une brève lettre en espérant que vous la publierez.

Le matin de notre départ de la patrie a été mémorable pour tous. Les foules qui nous saluaient et nous ont offert leurs vœux de bon voyage ont stimulé les hommes, faisant en sorte que l’embarquement s’est déroulé dans la bonne humeur. Certains membres de la compagnie ont quitté leur foyer et se sont retrouvés sur l’océan pour la première fois. Ce fut certainement un changement pour eux de voir une si grande étendue d’eau et de s’éloigner de leur terre natale.

Nous nous sommes bien amusés en route vers le Canada, où nous avons ensuite utilisé un autre moyen de transport. Les officiers du navire ont été très attentifs et ont répondu à nos besoins avec brio. Nous avons tous été satisfaits de la nourriture servie. Le major Carty, commandant du navire, le capitaine Baird et les lieutenants Cole et Harvey n’ont pas ménagé leurs efforts au nom de la compagnie et ont organisé divers jeux pour nous divertir.

Pendant notre séjour au Canada, nous avons effectué les tâches routinières et les défilés habituels, et certains hommes ont obtenu une permission pour rendre visite à des amis. Dans l’ensemble, nous avons passé du temps très agréable là-bas. Un grand paquebot de neuf ponts et d’une vitesse de 24 nœuds nous attendait et, en compagnie d’un bon nombre de Canadiens, nous avons embarqué pour l’Angleterre. Il y avait environ 6 000 soldats à bord lorsque nous avons pris la mer, et tous étaient bien installés sur le grand paquebot.

La température était parfaite et la mer, calme, tout au long de la traversée. Heureusement, car de nombreux Canadiens n’avaient jamais vu d’eau salée auparavant, et encore moins navigué sur l’eau. Nous avons pris part à des exercices physiques et des marches tous les jours, ce qui nous a permis à tous de passer un moment agréable.

De grandes précautions ont été prises pour préserver les vies à bord du navire, et du réveil au coucher, toutes les troupes (officiers compris) portaient des ceintures de sauvetage. Ce fut assez étrange de voir tant d’hommes portant des vestes de liège autour du cou se promener sur le pont. Chaque jour, l’alarme retentissait, puis les troupes prenaient leur poste, les compartiments étanches étaient fermés et les équipages des bateaux se mettaient en place. Tous les jours, nous surveillions attentivement les navires ennemis, car nous savions qu’une forte récompense était offerte au commandant du sous-marin qui nous coulerait. Nous avons rencontré peu de navires, mais quand nous en apercevions un, l’excitation était à son comble. À deux jours de notre arrivée, nous avons été accueillis par une escorte de contre-torpilleurs. Nous avons rapidement compris qu’il s’agissait des navires américains et toutes nos craintes furent grandement apaisées. Cette patrouille nous accompagna au-delà de la zone dangereuse, et peu après que nous eûmes jeté l’ancre, deux d’entre eux passèrent à proximité. Ceux qui se trouvaient à bord de notre navire de transport de troupes ont offert une ovation aux Américains, en reconnaissance de la bannière étoilée, une clameur rarement entendue ailleurs.

Au port de débarquement [Liverpool], nous sommes restés à bord toute la journée, en attendant les préparatifs nécessaires au transport ferroviaire. Des milliers de personnes ont visité le quai et probablement 30 000 autres ont pris des traversiers à partir de divers débarquements pour réserver un accueil chaleureux aux hommes en uniforme, qui étaient venus de si loin pour pouvoir être utiles et aider la mère patrie en cette heure où elle avait besoin d’eux.

Nous avons pris le train par un dimanche matin radieux, et c’est le cœur léger que notre compagnie s’est mis en route pour le pays des chardons et des bruyères. Le voyage en train jusqu’à Ayr a été court, avec un bref arrêt à Carlisle pour changer de moteur. Le paysage le long de la route était magnifique; en fait, nous avions l’impression de parcourir un immense parc tout au long du trajet. Des hommes, des femmes et des enfants nous saluaient avec enthousiasme lorsque nous traversions les villes et les villages. Quand nous avons franchi la frontière écossaise, le pays était par endroits un peu plus irrégulier et morcelé, nous rappelant fortement certaines parties de Terre-Neuve, mais l’ampleur était quelque peu différente.

À notre arrivée à la gare d’Ayr, des officiers et des hommes du First Newfoundland Regiment nous ont accueillis et accompagnés jusqu’aux quartiers de la Race Course. Une fois arrivés, nous avons été confiés aux soins du lieutenant [Kenneth] Goodyear et, après avoir mangé, nous nous sommes rapidement glissés sous les draps. Nous avons passé une quinzaine de jours très agréables à Ayr, et avons beaucoup aimé le changement. Ayr est une petite ville en bordure de l’eau, sur la côte ouest de l’Écosse, et un endroit assez romantique en raison de Robert Burns, le poète, qui est associé à son histoire. Le fleuve Ayr, le fleuve Doon, les jardins de thé, le monument et le chalet de Burns, l’avenue Long Hill et plusieurs autres magnifiques endroits méritent d’être visités par tous ceux qui se rendent dans cette ville. Il s’agit d’un endroit très propre et bien entretenu. Les habitants sont très gentils et sociables, et ne présentent aucun trait aristocratique. Quand il fait beau, la grande étendue de sable le long du front de mer, du port au fleuve Doon, est le centre d’attraction.

Nous avons quitté Ayr le matin du 25 juin, arrivant ici [à Dunkeld] dans l’après-midi, et nous avons de nouveau établi notre camp. Nous sommes situés dans une belle partie boisée du pays, où les arbres poussent bien et sont très accessibles. Une belle route mène de la gare à la scierie et autour de la zone boisée où nous allons travailler. Plusieurs chevaux et équipements y sont déjà, et des maisons sont en train d’être construites pour les officiers, les hommes et l’équipement.

Les hommes sont charmés par le pays, qui dépasse toutes leurs attentes. Les officiers s’occupent bien de nous et font tout leur possible pour que nous soyons à l’aise et heureux. Il y a des provisions pour tous et nous sommes bien nourris. Une cantine a été ouverte ici, près de la scierie; un laitier apporte une provision de « liquide blanc » tous les matins. Outre les provisions obtenues ici, nos rations de campagne sont expédiées tous les jours. Il n’y a aucune raison de se plaindre. En cas de pluie, les hommes recevront des cirés, semblables à ceux utilisés chez nous. 

Le domaine sur lequel nous nous trouvons appartient au duc d’Atholl et il est très vaste. Le fleuve Tay traverse les lieux et, depuis notre camp, nous pouvons contempler ses eaux et penser aux jours heureux passés à faire du canot sur les cours d’eau de Terre-Neuve. Le paysage dans cette région est majestueux et rappelle à certains égards la grandeur sauvage de la baie des Îles. Les cerfs élaphes, les chevreuils, les daims, les lagopèdes, les lapins, les lièvres et d’autres gibiers abondent ici, et nous en voyons souvent tout près du camp.

À une quinzaine de miles à l’est se trouve la jolie petite ville de Coupar Angus, où vécut feu sir R. G. Reid, le constructeur du chemin de fer de Terre-Neuve.

M. Beeton, bien connu à Grand Falls, nous a rendu visite et a parlé aux hommes avec beaucoup de gentillesse et d’encouragement, leur promettant son aide et son soutien inconditionnels. Tous ont été heureux de le voir, en particulier ceux qui l’avaient connu à Grand Falls.

Il ne fait aucun doute qu’un certain nombre d’habitants de Terre-Neuve sont enclins à s’enrôler dans les compagnies forestières, mais attendent de savoir comment nous progressons. Si c’est le cas, ils peuvent me croire sur parole qu’ils ne regretteront jamais leur décision. Il y a de la place et du travail pour des milliers de forestiers ici; alors, les gars, enrôlez-vous dès maintenant et venez en aide à votre roi, votre patrie et votre foyer. Ne remettez pas votre décision et dites-vous que le temps est maintenant venu de passer à l’action. 

Je vous offre mes sincères salutations,
J. A. Barrett
Newfoundland Forestry Companies

The Evening Herald, St. John’s, 9 août 1917

Dessin en noir et blanc d’un long paquebot à quatre tunnels, à la coque sombre et à la superstructure blanche de trois étages. Il est représenté naviguant vers la gauche, passant devant un petit bateau de pêche au premier plan.

Le RMS Olympic, 1910. Pendant la Première Guerre mondiale, l’Olympic transporté des centaines de milliers de soldats dans toute la Méditerranée, ainsi que du Canada et des États-Unis vers le Royaume-Uni et l’Europe, ce qui lui a valu le surnom de « Old Reliable » (le vieux routier fiable).
Avec l’aimable autorisation de la Library of Congress

Photographie aérienne sépia d’un large fleuve et de l’activité qui s’y déroule. Sur le large tablier riverain, les gens s’affairent. Des bâtiments, des rues et des parcs bien entretenus bordent le front de mer. De petits bateaux sont amarrés ou filent à toute allure.

Les quais du fleuve Mersey où les soldats débarquent, à Liverpool, en Angleterre, 1917.
Avec l’aimable autorisation de la division des archives provinciales The Rooms, VA 166-69

« Les hommes sont charmés par le pays, qui dépasse toutes leurs attentes. »

– John Barrett (no 8028 de la NFC), 2 juillet 1917
Ces trois cartes postales illustrent des lieux que de nombreux soldats de la NFC reconnaîtraient pour avoir séjourné à Ayr, en Écosse : le Burns Monument et les Tea Gardens, l’avenue Longhill à proximité et les berges du centre-ville.
Avec l’aimable autorisation des archives et collections spéciales, Université Memorial, 10.03.004, 10.03.008 et 10.03.002

Photographie colorisée d’un grand bâtiment et un pont de pierre surplombant un fleuve et des jardins soignés, près d’un grand monument à droite.

Photographie colorisée d’un chemin de terre serpente entre de grands arbres à feuilles caduques jusqu’à un bâtiment visible au loin.

Photographie colorisée des bâtiments en pierre flanquent les deux rives et deux ponts en pierre à quatre arches enjambent la rivière.

EN SAVOIR DAVANTAGE

Les lettres de John Barrett et un compte rendu de la formation et du service de l’unité sont publiés dans The Foresters’ Scribe: Remembering the Newfoundland Forestry Companies Through the Letters of Regimental Quartermaster Sergeant John A. Barrett, par Ursula A. Kelly.

UN VOYAGE À NOËL

Une équipe de la NFC est partie pour l’Écosse au début du mois de décembre 1917. Son voyage est décrit dans cet article. Comme ce fut souvent le cas, leur itinéraire comprend un arrêt à Halifax où un convoi se forme pour le voyage vers le Royaume-Uni. 

Peu avant l’arrivée des hommes, deux navires sont entrés en collision dans le port d’Halifax et l’explosion qui en a découlé a tué environ 2 000 personnes, blessé 9 000 autres et détruit une grande partie de la ville. Au cours des mois qui ont suivi, les membres du régiment et de la NFC ont participé aux efforts de nettoyage de la ville dévastée. Le lieutenant M.J. Nugent, de Grand Falls, à Terre-Neuve, a décrit ce qu’il a vu lors d’un tel voyage. Voici une version abrégée et traduite de son compte rendu « A Voyage at Christmas » (un voyage à Noël).

Quelques jours après l’explosion d’Halifax du 6 décembre 1917, l’équipe bienveillante du navire Florizel quittait St. John’s avec à son bord un contingent de troupes pour l’outre-mer. Il s’agit de deux compagnies du Forestry Battalion sous le commandement des capitaines Josiah R. Goodyear et David J. Thistle, ci-après Joe et Dave. Le régiment compte également quelque 80 autres gradés. Le groupe était commandé par le capitaine J. J. O’Grady (Jerry), et moi-même en tant que subalterne. Le Dr Brehm, médecin en chef, est un homme urbain et érudit. 

Le voyage jusqu’à Halifax s’est déroulé sous des vents modérés du nord-ouest avec des bourrasques de neige et, par conséquent, de nombreuses troupes ont rendu un hommage mérité à Neptune. En raison du désastre survenu à Halifax, les troupes durent être débarquées et transportées à Saint John [Nouveau-Brunswick] pour y être hébergées en attendant la reconstitution du convoi.

Malheureusement, au cours du voyage vers Halifax, le sergent John Sheehan, l’un des Old Blue Puttees, qui avait été exposé au gaz en France et qui se rendait maintenant outre-mer avec les compagnies forestières, développa une pneumonie et dut être envoyé à l’hôpital.

Nous avons embarqué à bord du train à Halifax, au milieu des cendres encore brûlantes de la gare, et avons atteint Saint John en temps voulu. Là, les troupes furent installées dans des quartiers agréables et les officiers logèrent à l’hôtel George. C’est là que nous avons rencontré le Dr Walter Scott de Grand Falls, qui servait avec le grand sir William Osier comme bactériologiste au commandement de l’est à Colchester et qui rentrait en Angleterre après un congé.

DÉBUT DU VOYAGE

À l’arrivée des troupes de l’ouest, tous sont embarqués sur les deux navires, Missanabie et Calgarian, ce dernier étant le croiseur armé du convoi. Parmi ces troupes, il y avait un certain nombre d’infirmières qualifiées et plusieurs jeunes aviateurs de l’école de pilotage américaine de Chicago.

Nous avons rejoint les autres navires de notre convoi de New York à Halifax et, le jour de Noël, nous étions presque au milieu de l’Atlantique.

Le jour de Noël fut très orageux, à un point tel que notre flotte, qui voyageait à 3 miles l’une de l’autre, reçut l’ordre de passer à 5, et des quelque 400 passagers de première classe, il n’y en eut que 50 pour le dîner. Cependant, les convives de notre table étaient tous présents et en bonne forme, et ont levé un verre en guise de célébrations. À partir de ce moment, tout le monde s’est mis dans l’esprit de Noël. 

TOUS AVAIENT LE MAL DE MER

Après le dîner (le repas de midi), on a visité les troupes. La plupart d’entre elles souffraient d’un important mal de mer et, bien que le dîner ait été bon, très peu avaient mangé quoi que ce soit. On se rendit donc de nouveau dans la salle à manger principale où l’on interrogea le chef steward. Il était très fatigué car, en raison du mauvais temps, la plupart de ses stewards étaient malades et il devait s’occuper lui-même des tables.

En quelques minutes, l’ordre a été donné au caporal et à 12 hommes de se rendre sur les lieux et on leur servit les mets les plus délicats qu’il était possible de fournir aux hommes. Le chef fut tellement impressionné qu’il nous offrit une bouteille de whisky spécial pour notre cabine afin de boire à la santé de l’équipage du navire. Il nous fit la remarque flatteuse que nous semblions être les seuls officiers à effectuer notre travail ce jour-là.

Entre-temps, l’un des navires avait été torpillé et, lorsque l’équipage le quitta, une cheminée est tombée sur l’un des stewards du chef, le tuant sur le coup. Comme vous pouvez le constater, la Mercantile Marine a fourni sa part d’efforts et a subi les contrecoups de ce grave incident.

UN SPECTACLE MAGNIFIQUE

Après Noël, le climat s’est considérablement adouci et, lorsque nous avons aperçu la côte irlandaise, la température était plutôt clémente. À une certaine distance, nous avons rencontré les contre-torpilleurs de la flotte de l’Atlantique, pour la plupart des Américains basés à Galway. Ce fut un spectacle réconfortant de voir les navires se diriger vers nous, s’élevant avec un léger roulis, allant à toute vitesse, entourés d’un nuage d’écume, et faisant en sorte de délimiter les environs du navire, tout comme le ferait des setters bien entraînés sur une lande. La situation rendait même les plus anxieux plus joyeux, et le lendemain, nous étions tous de bonne humeur. 

Le lendemain, nous avons passé la Chaussée des Géants en pleine vue et avons poursuivi notre route vers Liverpool. Mais il y a beaucoup de manœuvres et, cette nuit-là, nous avons reçu l’ordre de retourner à Lough Swilly en raison de la présence de deux sous-marins en mer d’Irlande, qui attendaient manifestement le convoi.

Le lendemain matin, nous avons levé l’ancre et nous nous sommes dirigés vers Glasgow, dont le port comporte des kilomètres de chantiers navals de part et d’autre. Il est possible d’y entendre le vacarme incessant des marteaux et des riveteuses s’efforçant fébrilement de remplacer les milliers de tonnes de navires détruits par la campagne sous-marine de l’ennemi.

La veille du Nouvel An (la nuit de Hogmanay), nous avons débarqué à Glasgow et avons pris congé de certains de nos amis, anciens et nouveaux. Les forestiers se sont dirigés vers le nord pour atteindre leur destination, tandis que le régiment s’est embarqué pour Ayr. C’est ainsi que se termina l’un des nombreux voyages que certains d’entre nous durent effectuer dans l’exercice de nos fonctions à cette époque mouvementée.

– The Veteran, décembre 1938

Photographie en noir et blanc du côté tribord d’un navire à vapeur à coque sombre avec deux cheminées. Sa ligne de flottaison est visible et une vague d’étrave se déverse de sa proue alors qu’il navigue en haute mer de gauche à droite.

Le RMS Missanabie, vers 1915. Propriété du Canadien Pacifique, le navire est utilisé comme transporteur de troupes pendant la guerre. Il a été coulé par un sous-marin allemand le 9 septembre 1918.
Avec l’aimable autorisation de Rare Books and Special Collections, bibliothèque de l’Université de la Colombie-Britannique, Walter B. and Madeline H. Chung Collection, CC-PH-03015

LA FAMILLE GOODYEAR

Plusieurs familles terre-neuviennes ont eu plus d’un membre qui était de service lors de la Grande Guerre, y compris la famille Goodyear de Grand Falls. Josiah et Louisa Goodyear avaient quitté Ladle Cove, dans la baie de Bonavista, pour s’installer à Grand Falls au début du 20e siècle, peu après que la ville eut commencé à se développer autour de l’usine de pâte et de papier de l’Anglo-Newfoundland Development Company. 

Les Goodyear ont fondé des entreprises et ils étaient bien connus et respectés. Josiah et Louisa eurent eu sept enfants et, lorsque la guerre éclata, ils se sont empressés de servir. Trois fils, Raymond, Stanley et Hedley, se sont enrôlés très tôt dans le régiment et ont été tués au combat. Une fille, Daisy (plus connue sous le nom de Kate), infirmière au sein du détachement d’aide volontaire, était en route pour l’étranger lorsque l’Armistice a été signé. Le fils Roland a vu aux entreprises familiales, dont J. Goodyear and Sons, pendant la guerre. Kenneth (Ken, no 1193 du NR) et Josiah (Joe, no 573 du NR) Goodyear ont servi avec distinction dans le Newfoundland Regiment. Ils furent transférés à la NFC après avoir été blessés au combat. Le lieutenant H. Kenneth Goodyear (no 0-74 de la NFC) fut transféré le 11 juin 1917, et le capitaine Josiah Goodyear (no 0-113 de la NFC), 23 juillet 1917.

Photographie en noir et blanc d’un homme d’âge moyen en uniforme. Il se tient sur l’herbe, au garde-à-vous, tourné vers la gauche, le poing gauche serré. Derrière lui, on aperçoit un ciel nocturne et une forêt sombre.

Kenneth Goodyear, de la Home Guard, à Grand Falls, vers 1940. Pendant la Seconde Guerre mondiale, des unités de la Home Guard ont été formées à Grand Falls et à Corner Brook pour assurer la sécurité des importantes usines de papier de ces villes. Un quart de siècle après s’être enrôlé pour la première fois dans le Newfoundland Regiment, Kenneth Goodyear, alors âgé de 50 ans, a continué de contribuer à la guerre en tant que bénévole dans l’unité de la Home Guard de Grand Falls.
Avec l’aimable autorisation de la Grand Falls-Windsor Heritage Society

Une photographie sépia d’un groupe d’hommes en uniforme rassemblés dans un espace entre des bâtiments en bardage à clin. Ils regardent l’un de leurs camarades exécuter un tour de prestidigitation. Un cheval sellé se tient sur ses pattes arrière et un homme habillé de façon décontractée soutient ses pattes avant.

Josiah Goodyear, avec un cheval bien entraîné, vers 1915. Les écuries de Grand Falls étaient l’une des entreprises de la famille. Lors de leur service dans le Newfoundland Regiment et dans la Newfoundland Forestry Companies, Josiah et Kenneth Goodyear étaient connus pour leurs excellentes compétences équestres.
Avec l’aimable autorisation de la division des archives provinciales The Rooms, B3-10
EN SAVOIR DAVANTAGE

David Macfarlane, petit-fils du capitaine Josiah, raconte l’histoire de la famille Goodyear dans son ouvrage The Danger Tree: Memory, War, and the Search for a Family’s Past.

DÉPLACEMENTS AU LABRADOR

Les difficultés liées aux déplacements dans les régions du nord de Terre-Neuve et dans la zone continentale du Labrador ont entraîné des obstacles au recrutement et à l’enrôlement, mais elles n’ont pas freiné l’enthousiasme de ceux qui voulaient servir. 

Le remboursement des déplacements était un défi supplémentaire pour les recrues. Les services de transport délivraient rarement des reçus, raison pour laquelle les dirigeants de la collectivité (un médecin, une infirmière ou un enseignant) écrivaient parfois au nom des soldats pour faire valoir leur demande de remboursement. 

Dans une lettre adressée au ministre de la Milice, qu’un enseignant de sa municipalité d’origine a transcrite pour lui, Stephen McDonald (no 6103 du RNR) décrit comment ce dernier et deux camarades retournèrent au Labrador pendant une permission :

Je vis aussi loin au nord que Cartwright, dans la baie Sandwich, au Labrador. Le régiment m’a remboursé le passage de Saint John’s à Humbermouth et de là à Battle Harbour, mais j’ai dû payer de ma poche le reste du trajet, ce que je ne pouvais pas me permettre. Quand je suis arrivé à la maison, je n’avais plus d’argent. 

Vous trouverez ci-joint une facture de Fequet pour un attelage de chiens. J’ai dû me débrouiller pour payer la majeure partie de cette somme. Je joins aussi une facture indiquant les sommes que j’ai payées de ma poche pour rentrer chez moi.

  • Nourriture, poêle, tente, etc., à Battle Harbour : 11 $
  • Pension à Fox Harbour : 10,50 $
  • Location d’un attelage de chiens de George’s Cove à Gilbert’s Neck : 3,00 $
  • Location d’un attelage de chiens de Gilbert’s Neck à la baie Otter : 9,00 $
  • Pension à Humbermouth en attendant le départ du navire à propulsion mécanique Ethie : 7,20 $
  • Location d’un attelage de chiens de la baie Otter à Cartwright : 25,00 $

Le Dr Harry Paddon était un médecin de l’International Grenfell Association. Vivant au Labrador, il écrivait parfois des lettres au nom des soldats. Il qualifia de « taxe sur le patriotisme » les frais de déplacement payés par ces hommes qui se portaient volontaires pour la guerre, puisqu’ils avaient « débarqué à 300 miles de chez eux et devaient couvrir toutes les dépenses qui en découlaient ». Dans ce cas, l’appel du Dr Paddon auprès des autorités a été couronné de succès et les trois soldats ont finalement été remboursés pour leurs frais de déplacement.

Photographie en noir et blanc de trois personnes vêtues de manteaux d’hiver, debout sur un terrain plat et enneigé, avec un attelage de chiens attelé à komatik (un traîneau). Une rangée de conifères bas apparaît en arrière-plan.

Le voyage en attelage de chiens tel que les recrues l’auraient vécu au Labrador au début du 20e siècle.
Avec l’aimable autorisation de la division des archives provinciales The Rooms, IGA 13-48