LA SECONDE
GUERRE
MONDIALE
TRANSITIONS ET LUTTES
DE L’APRÈS-GUERRE

EN QUÊTE DE RECONNAISSANCE
La NOFU fut constituée à la hâte au début de la Seconde Guerre mondiale. Malgré la préférence de la Commission de gouvernement de Terre-Neuve pour la création d’une unité militaire (comme la NFC de la Première Guerre mondiale), le gouvernement britannique estima qu’il n’y avait pas de temps à consacrer à l’entraînement militaire. Cette décision de créer une unité civile et non militaire eut de graves conséquences pour les membres de la NOFU, tant pendant leur séjour au Royaume-Uni qu’à la fin de la guerre. Leurs pensions et possibilités d’après-guerre n’étaient pas les mêmes que celles des autres anciens combattants. En fait, beaucoup de gens ne les considérèrent pas du tout comme d’anciens combattants.
Lorsque les membres de la NOFU revinrent à Terre-Neuve, la Commission de gouvernement n’a pas reconnu la valeur de leur service. Le gouvernement britannique mit en place des programmes pour les forestiers restés à l’étranger, mais aucune possibilité de ce type ne fut offerte dans le pays. Un programme de colonisation rurale sur la rivière Humber, créé pour encourager le développement agricole, était destiné aux anciens combattants, mais les forestiers n’y furent admissibles qu’après que tous les autres membres du service intéressés eurent été pris en considération.
L’époque est également troublée sur d’autres fronts. En 1948, un référendum houleux est organisé pour décider si Terre-Neuve retourne à un gouvernement responsable ou rejoint la Confédération canadienne. Un vote très serré penche en faveur de la Confédération. Terre-Neuve devient la dixième province du Canada en 1949.
Il est décevant que les membres de la NOFU n’aient été inclus dans aucune des concessions négociées pour les anciens combattants lors des pourparlers de la Confédération avec le Canada. Et ils avaient déjà perdu sur le plan économique : pendant qu’ils étaient à l’étranger, les forestiers travaillèrent à des salaires bien inférieurs à ceux de leurs homologues de Terre-Neuve en temps de guerre. En dépit de ce salaire inférieur, un grand nombre d’entre eux achetèrent des certificats d’épargne de guerre de Terre-Neuve pour appuyer l’effort de guerre. Mais à la fin de la guerre, de nombreux membres de la NOFU n’avaient pas d’économies substantielles ou n’avaient que peu de possibilités de travail dans un pays qui entra dans un ralentissement économique d’après-guerre après un boom en temps de guerre.
Malgré ces obstacles et d’autres, la plupart des membres de la NOFU apportèrent une contribution durable à la plus récente province du Canada. Certains choisirent toutefois de quitter Terre-Neuve pour chercher du travail ailleurs.
En 1962, les forestiers furent reconnus en vertu de la Loi sur les prestations de guerre pour les civils. Mais ce n’est qu’en 2000 que le gouvernement du Canada a accordé des prestations de retraite aux forestiers. À cette époque, bon nombre d’entre eux étaient décédés.


« Contrairement à son grand enthousiasme initial lors du recrutement de la NOFU, la Commission de gouvernement de Terre-Neuve semble être tombée dans une apathie totale en ce qui concerne le bien-être de ses forestiers. Le gouvernement de Terre-Neuve ne communiqua aucunement avec la NOFU et, par conséquent, le travail et les activités de cette dernière ne reçurent que peu de publicité dans la presse terre-neuvienne et à la radio. La Newfoundland Overseas Forestry Unit devint peu à peu ‘les hommes de service oubliés’. »
REGARDER ET ÉCOUTER
ATTACHES ÉCOSSAISES AU LABRADOR
Résumé : Cette vidéo présente une séquence de photos et de grands titres de journaux historiques qui illustrent les éléments du récit. Les images représentent des personnes mentionnées dans le récit et d’autres travailleurs du bois du Labrador, une grande usine de pâte à papier, des scènes de travail et de forêt, et un violoneux qui divertit les travailleurs du bois dans un baraquement.
Titre : Attaches écossaises au Labrador
Narrateur :
Les forestiers qui revinrent à Terre-Neuve après la guerre s’inquiétaient de leur réintégration dans le monde du travail. Nombre d’entre eux cherchèrent à exercer de nouveaux métiers appris en Écosse. Certains trouvèrent du travail chez l’un des deux grands employeurs du secteur de la pâte et du papier, Bowater et l’Anglo-Newfoundland Development Company. D’autres recherchèrent des expériences ailleurs dans le pays.
Le capitaine John Grieve, du Labrador, fut membre des Nova Scotia Highlanders pendant la guerre. En compagnie de ses deux frères, il reprit en main leur exploitation forestière dans la baie de Kaipokok. Le domaine Three Rapids Estates avait appartenu au départ à leurs parents, Andrew et Barbara Rapsey Grieve d’Écosse, mais l’entreprise ferma ses portes avant la guerre.
Jack Turner, de retour à son poste d’agent forestier en chef pour Terre-Neuve, s’inquiéta du redémarrage en raison de la pénurie de travailleurs forestiers expérimentés au Labrador.
Coupure de journal avec les mots « Wants Loggers for Labrador » (bûcherons recherchés pour
le Labrador)
Les frères Grieves misaient sur l’embauche de bûcherons respectés de l’île de Terre‑Neuve qui pourraient former les travailleurs locaux.
Kenny Gaulton fit partie des personnes qui se sont jointes à Andrew Grieve. Skipper Gaulton, comme on l’appelait, revenait à peine à Grand Falls après six ans de service en tant que contremaître de camp pour la NOFU. Connaissant le travail de Kenny Gaulton en Écosse, le capitaine Turner approuva probablement ce choix.
Au cours de l’été 1946, Kenny Gaulton offrit ses services au capitaine John Grieve, un homme bien apprécié. Ils formaient une équipe solide, car ils partageaient plus qu’un amour du travail du bois : tous deux étaient aussi des musiciens talentueux. Lors de leur séjour en Écosse, Kenny Gaulton participait régulièrement à des spectacles de dortoirs. John Grieve était connu au Labrador pour jouer de la cornemuse. On imagine aisément comment leur musique emplissait parfois le profond silence d’une nuit sauvage au Labrador.
Deux hommes de la région de Makkovik, Max Jacque et John Broomfield, composèrent souvent des chansons dans le dortoir de la baie Kaipokok, dont Lay That Bucksaw Down. Leur chanson hommage, Captain John Grieve, valut à Kenny Gaulton une mention honorable.
Coupure de journal avec les mots « Fire Destroys Supply Store On Labrador » (un incendie détruit un magasin de fournitures au Labrador)
Kenny Gaulton retourna à Terre-Neuve à l’été 1947, à la suite d’un incendie au printemps qui détruisit le dépôt de la baie de Kaipokok. Le domaine Three Rapids Estates se dissolut volontairement plus tard au cours de l’été.
[Guitare]
Titre : « Captain John Grieve » (de Max Jacque et John Broomfield, interprété par Gerald Mitchell)
Image d’une pochette de CD avec l’inscription « From the Big Land – Music of Makkovik featuring Gerald Mitchell », une photographie sépia de Gerald Mitchell jouant de la guitare, et une photographie sépia d’un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants. Au premier rang, plusieurs hommes tiennent des cuivres.
[Voix masculine accompagnant la guitare.]
La chanson, en anglais, fait l’éloge de l’équipe de travail de Happy Valley et décrit en termes chaleureux plusieurs membres, dont le contremaître Max Jacque, le second Dave Mitchell, le capitaine John Grieve, le capitaine (« Skipper ») Walter Grieve, Ted Bursey, celui qui dirige la radio à deux ondes, et le comptable Carsten Stroud.
Here’s to the Happy Valley crew as you would all may see
A godlier crew has never walked that other bunch of men
Max Jacque he is our Foreman as you would all may see
Dave Mitchell is our Second Hand and a darn fine man is he
The next that comes is Captain Grieve and we can’t let him down
Ten thousand cords of wood, my boys, can’t fail to hit the ground
The drive is coming in the spring and we must do it good
To help that good old Captain Grieve to drive out all his wood
[Guitare]
The man who runs the depot is Skipper Walter Grieve
He took a trip to Mic Mac Lake one day when he had leave
T’was he and Kenny Gaulton went around in their canoe
They saw a million cords of wood; they swear they’ll saw a few
The next that comes is good old Ted; Ted Bursey is his name
He operates the two-way set that connects across the main
Some people they don’t like him, boys, but I do think he’s good
To operate that two-way set; it does the people good
[Guitare]
Carsten Stroud he is the man that makes up all the books
And at the end of every month he hands us our checks
[Son de guitare qui s’éteint.]
Crédits :
Production : Ursula A. Kelly et Meghan C. Forsyth
Texte : Ursula A. Kelly
Narration : Dave Paddon
Enregistrement : Spencer Crewe
« Captain John Grieve » de Max Jacque et John Broomfield, enregistrée par Gerald Mitchell pour « From the Big Land: Music of Makkovik featuring Gerald Mitchell » (Research Centre for the Study of Music, Media, and Place, 2011)
Photographies utilisées avec l’aimable autorisation de la famille Gladney, de la division des archives provinciales The Rooms, de Them Days, de Zero Minus One Sheet Music, de The Daily News, de la Digital Archives Initiative (bibliothèques de l’Université Memorial), de la Ballater Historic Forestry Project Association, de l’Illustrated Magazine, de The Evening Telegram et de la Maritime History Archive
2024
Logos : Grand Falls-Windsor Heritage Society, Université Memorial et Musées numériques Canada
RECONNAISSANCE DE LA NOFU
La Newfoundland Overseas Foresters’ Association (NOFA) fut créée en Écosse pour défendre les intérêts des membres de la NOFU. Après la guerre, elle poursuivit ses activités à Terre-Neuve dans le but de faire reconnaître les services rendus par les membres de la NOFU. Dans un mémoire présenté au gouvernement du Canada (1949), ici traduit de l’anglais, l’Association présenta ses arguments en faveur de l’équité avec les autres anciens combattants. Cet extrait aborde la question de l’octroi de l’état civil aux membres de la NOFU.

MÉMOIRE PRÉSENTÉ AU NOM DE LA NEWFOUNDLAND OVERSEAS FORESTRY UNIT, EN 1949
Comme leur travail était le même que celui des membres de la Canadian Forestry Unit; qu’il avait été effectué dans le même pays, dans la même région, à la même époque (mais pendant une période plus longue) et dans les mêmes conditions; et que les forestiers avaient même été entraînés à la guerre offensive, il n’y a donc qu’une seule différence entre eux : les Canadiens portaient un uniforme et les Terre-Neuviens de l’époque n’en portaient pas. C’est la seule raison pour laquelle les membres de la Canadian Forestry Unit sont considérés comme d’anciens militaires, alors que les membres de la NOFU ne le sont pas.
Le port de l’uniforme, dans ces circonstances, devrait-il vraiment changer la donne? Pourquoi l’unité de Terre-Neuve n’avait-elle pas d’uniforme?
Voici la seule raison invoquée : le gouvernement britannique voulait des bûcherons, et en voulait beaucoup et rapidement. Il n’a pas eu le temps de fournir des uniformes au premier contingent. Il était beaucoup moins coûteux pour le gouvernement de les envoyer dans leurs propres vêtements civils et, en fait, les hommes pouvaient très probablement travailler avec plus d’aisance et de confort dans ces vêtements que dans des uniformes. En février 1940, il y avait 2000 hommes de la NOFU en Grande-Bretagne, alors que le premier contingent d’hommes de la Canadian Forestry Unit n’y arriva pas avant la fin de 1941 et le début de 1942.
Quelle différence y a-t-il, par exemple, entre la Newfoundland Forestry Unit de la Seconde Guerre mondiale et celle de la Première Guerre mondiale? Il n’y en a aucune, si ce n’est l’uniforme. C’est la même différence aujourd’hui entre les unités forestières canadiennes et terre-neuviennes. Qu’en est-il de la Newfoundland Militia qui est restée à Terre-Neuve, mais qui est entièrement couverte par la Charte des anciens combattants parce qu’elle portait l’uniforme?
Supposons un instant que, lorsqu’on a demandé à ces hommes de s’engager dans l’unité forestière, on leur aurait dit qu’ils ne bénéficieraient d’aucune prestation après la guerre s’ils ne portaient pas l’uniforme. N’est-il pas raisonnable de supposer que chaque homme se serait joint à un service où il porterait l’uniforme du roi ou serait rentré chez lui?
Demandez à n’importe quel officier de l’unité ou aux fonctionnaires concernés du gouvernement britannique ce qui se serait passé lorsqu’ils ont supplié les hommes de rester dans la sylviculture si on leur avait dit qu’ils ne recevraient aucune prestation. Aucun homme ne serait resté dans l’unité. Ils auraient voulu être transférés dans d’autres services.
ÉCOUTER (en anglais)


PORTRAIT D’UN FORESTIER
Thomas V. Curran (no 1978 de la NOFU) fut l’un d’une quarantaine d’hommes de la ville forestière de Gambo qui se sont enrôlés dans la NOFU. Il a été surintendant de district et, par la suite, assistant du commandant, le capitaine (plus tard colonel) Jack Turner, ainsi que commandant de la compagnie B du 3rd Inverness (Terre-Neuve) Battalion (une unité de la Home Guard). Il est l’un des membres fondateurs de la Newfoundland Overseas Forestry Association et occupa divers postes de direction au sein de cette organisation.
Après la guerre, Thomas V. Curran retourna à Gambo avec sa nouvelle épouse, Margaret MacPherson d’Inverness. Une fois rentré chez lui, il continua à sensibiliser le public à l’importance de la conservation des ressources naturelles en travaillant auprès du ministère fédéral des Pêches. À titre de président de la NOFA, il mena des efforts pour que le gouvernement canadien reconnaisse les forestiers de guerre dans le cadre de la Loi sur les prestations de guerre pour les civils. Il écrivit They Also Served, publié en 1987, pour rendre compte du travail de la NOFU au Royaume-Uni. En reconnaissance de ses efforts à l’égard des forestiers et de ses décennies de leadership en matière de conservation, Thomas V. Curran reçut un doctorat honorifique en droit de l’Université Memorial de Terre‑Neuve en 1995. Il est décédé en 1997.

DOUBLE BIENVENUE
Cet article, publié dans The Western Star en 1942, décrit les contributions musicales lors d’une fête de retour surprise pour Alex (Sandy) MacIsaac (no 0604 de la NOFU) de Doyles, membre de la NOFU (traduit de l’anglais).
Vendredi soir, Sandy MacIsaac, fils de M. Frank MacIsaac, a eu droit à une fête surprise à son domicile de Doyles. Il est revenu après avoir fait partie de l’unité forestière de Terre‑Neuve, où il a servi pendant deux ans. Il a reçu une double bienvenue dans sa communauté écossaise, puisqu’il a ramené un jeu de cornemuses rayé du plaid MacKenzie, que nos cornemuseurs vétérans, Allan McArthur et Hughie Mc-Neil, se sont fait un devoir d’essayer. La soirée a été marquée par de la musique au violon, accompagnée à l’orgue, et par plusieurs chansons écossaises. Cependant, la soirée comptait une invitée de talent, Mme Richard Ryan, et l’ancienne chanteuse célèbre Melle Alice Curtin, qui a prêté sa voix pour l’occasion et a répondu aux nombreuses demandes de chansons de l’assemblée. Au cours de la soirée, la fête surprise a elle‑même été surprise. Le train est arrivé et un autre de nos hommes s’est présenté. Il s’agit de Joseph White, de la Marine royale. La fête de Sandy s’est alors transformée en une fête pour Sandy et Joe. Un délicieux souper a été servi et un discours de bienvenue a été prononcé à l’intention des hommes. Tout le monde s’est bien amusé et nous aimerions que tous nos Terre-Neuviens soient aussi heureux à leur retour que les deux qui ont été fêtés vendredi soir.
ÉCOUTER (en anglais)

Une copie numérique est offerte en ligne par l’entremise de la Digital Archives Initiative des bibliothèques de l’Université Mémorial, à Terre-Neuve-et-Labrador https://collections.mun.ca/digital/collection/cns2/id/41706 (en anglais).
UN SERVICE INESTIMABLE
En juillet 1946, le secrétaire d’État aux Affaires du dominion exprima sa gratitude et ses meilleurs vœux aux forestiers dans un message adressé au gouverneur de Terre-Neuve.
Je ne voudrais pas que le dernier contingent de la NOFU nous quitte sans que vous sachiez à quel point nous nous sentons redevables à Terre-Neuve des services inestimables rendus par ces hommes pendant les années de guerre et au cours de cette première année de paix. Je voudrais également souligner que tous les membres de l’unité eux-mêmes sachent que nous leur sommes reconnaissants pour la contribution réelle à la victoire qu’ils ont apportée par leur aide joyeuse et indéfectible, alors que nous avions désespérément besoin de bois pendant ces années. À ceux qui se sont mariés ici, j’adresse un message particulier d’espoir que les épouses et les enfants qui les accompagnent renforceront encore les liens de parenté entre Terre-Neuve et ce pays, et de confiance qu’ils seront heureux dans leur terre d’adoption […]
Au cours de son séjour en Écosse, l’unité a gagné à juste titre l’amitié du peuple écossais et les éloges des autorités britanniques. Lorsqu’elle retournera enfin dans sa patrie, elle laissera derrière elle une réputation d’efficacité qui fera honneur à l’ensemble de Terre-Neuve.

UN MESSAGE DU GOUVERNEUR DE TERRE-NEUVE, SIR GORDON MACDONALD
Ma visite dans le nord de l’Écosse pour prendre contact avec les forestiers de Terre‑Neuve s’est révélée à la fois intéressante et agréable. Elle fut agréable en raison de l’accueil chaleureux et amical que tous les Terre-Neuviens et ceux qui le deviendront dans un avenir proche m’ont réservé, mais aussi intéressante en raison de l’intérêt marqué pour l’avenir de Terre-Neuve que m’ont témoigné tous ceux avec lesquels j’ai été en contact pendant mon bref séjour […] [et] la conception claire que beaucoup d’entre eux ont des défis, mais aussi des possibilités dans leur patrie […]
Le bon travail accompli par les hommes de Terre-Neuve pour aider à gagner la guerre sera probablement égalé par le service qu’ils rendront et le travail qu’ils accompliront chez eux dans les jours à venir […] [à savoir] un service durable et une valeur permanente à la plus ancienne de nos colonies.
ÉCOUTER (en anglais)
PORTRAIT D’UN FORESTIER
Marin de longue date, Peter Troake (no 1917 de la NOFU) de Durrell, à Twillingate Island, servit dans la NOFU de 1940 à 1942. Après son retour, il exploita sa propre goélette jusqu’en 1950, date à laquelle il est devenu capitaine du MS Christmas Seal. « Navire d’espoir », ce dernier fut exploité par la Newfoundland Tuberculosis Association et servit de clinique mobile de dépistage par rayons X pour les habitants des localités éloignées. Peter Troake fut surnommé le « joueur de flûte de Terre-Neuve » pour la façon dont il aida les enfants à surmonter leur peur du dépistage de la tuberculose.
De 1971 à 1979, le capitaine Troake dirigea le navire de soins médicaux Strathcona de l’International Grenfell Association. En 1987, il fut investi membre de l’Ordre du Canada et, en 1992, il reçut un doctorat honorifique en droit de l’Université Memorial de Terre-Neuve.
Peter Troake publia ses mémoires, No One is a Stranger, en 1989.

REGARDER ET ÉCOUTER
UNE FORÊT RÉVOLUE
Le camp de Glenmuick à Dalmochie (camp 49), près de Ballater, dans l’Aberdeenshire, fut construit sur le versant inférieur de la colline Craig Coilleach. Des forestiers de Terre‑Neuve abattirent des arbres sur les pentes de cette colline ainsi que sur la colline voisine de Pannanich. Ils commencèrent à couper les arbres au printemps 1940. En 1943, tous les travaux prirent fin et les forestiers déménagèrent sur d’autres sites. Le camp servit ensuite à héberger des prisonniers de guerre italiens.
En 2005, la Ballater Historic Forestry Project Association fut créée pour restaurer le camp de la NOFU sur son site d’origine. Des panneaux d’interprétation furent installés et en 2005, le documentaire A Bygone Forest (une forêt révolue) fut réalisé. Ce dernier raconte l’histoire de la NOFU à Ballater pendant la Seconde Guerre mondiale. Il met en scène l’auteur Ian Cameron, président de la Ballater Historic Forestry Project Association, qui était un jeune garçon lorsque la NOFU a été postée près de sa ville natale, et le forestier Cornelius Swyers (no 496 de la NOFU) de St. George’s, à Terre-Neuve, qui servit au camp 49. Cornelius Swyers est resté en Écosse après la guerre, résidant à Tomintoul.
Regardez un extrait de A Bygone Forest (une forêt révolue), écrit et produit par Tim Fitzpatrick (utilisé avec la permission de Tim Fitzpatrick).
Les parties narrées de cette vidéo présentent des séquences de clips vidéo d’archives et des photos en noir et blanc. Les parties où Ian Cameron et Cornelius Swyers s’expriment sont en couleur et ont été tournées en 2005. La transcription ci-dessous a été traduite de l’anglais.
Vidéo en gros plan d’une radio Ferranti datant de la Seconde Guerre mondiale. La vidéo présente un panoramique vers le bas et fait un zoom.
[Émission de radio avec parasites] Voix du premier ministre du Royaume-Uni : … à 11 heures, qu’ils étaient prêts à retirer immédiatement leurs troupes de Pologne, un état de guerre existerait entre nous. Je dois vous dire maintenant qu’aucun engagement de ce genre n’a été reçu et que, par conséquent, ce pays est en guerre avec l’Allemagne.
Narrateur : 3 septembre 1939
Vidéo de bâtiments détruits et en flammes, de soldats éteignant l’incendie d’un bâtiment et de soldats creusant dans les décombres d’un bâtiment dans la fumée
[Sirène d’alerte aérienne et incendie]
La Grande-Bretagne est en guerre. Les mois et les années à venir seront ceux d’un pays plongé une fois de plus dans l’horreur de la guerre moderne – une guerre qui touche désormais directement les populations civiles.
[Bâtiment en train de s’écrouler]
C’est un pays qui se bat pour son avenir et celui d’une Europe libre.
[Moteur de voiture]
Vidéo d’un navire levant l’ancre tandis que des centaines de passagers saluent les spectateurs depuis les ponts supérieur et inférieur; photo de femmes en train d’effectuer des travaux de soudure dans une usine.
Aux côtés des hommes et des femmes et des forces armées [son de corne de brume], des personnes de tous horizons sont mobilisées pour l’effort de guerre de la nation.
Photo de huit femmes marchant dans un champ avec des brassées de foin.
[Gazouillis d’oiseaux]
Vidéo d’une rue d’une ville du Royaume-Uni pendant la Seconde Guerre mondiale illustrant des voitures qui roulent et des hommes qui marchent, vêtus de longs manteaux noirs et de chapeaux noirs de type Homburg.
Il y avait cependant des domaines d’importance nationale [klaxon de voiture], où la Grande-Bretagne devait chercher de l’aide au-delà de ses frontières.
Vidéo d’hommes travaillant dans une scierie; vidéo en gros plan d’une grume passant dans une machine.
[Sons industriels]
La production de bois était l’un de ces domaines. Au début de la guerre, la Grande Bretagne connaissait une pénurie chronique de bois.
Vidéo d’une scène de forêt paisible et brumeuse prise du dessus; photo de soldats en uniforme alignés devant un petit bâtiment.
Les approvisionnements en provenance de la Baltique avaient déjà été interrompus et l’approvisionnement en bois britannique était limité [début de la musique de trompette] par le fait qu’un grand nombre d’ouvriers forestiers et de propriétaires s’engageaient dans les unités combattantes.
[Musique de trompette solo]
Séquence de photos en noir et blanc de navires en mer, dont certains dégagent de la fumée, et d’un communiqué de presse jauni du Daily Express (21 novembre 1939) intitulé « 2 000 bûcherons au service de la Grande-Bretagne », vidéo du drapeau de Terre-Neuve qui flotte au vent et image de l’insigne de la NOFU sur un fond enneigé avec un sapin vert dépassant de la neige.
Vers la fin de 1939, le gouvernement britannique lança un appel à ses alliés et Terre Neuve, à l’époque un pays à part entière et indépendant du Canada, répondit en créant la Newfoundland Overseas Forestry Unit.
Vidéo d’un train à vapeur roulant sur les rails; clips vidéo d’hommes debout en rang sur le pont d’un navire; vidéo en gros plan de quatre hommes debout devant un navire, dont l’un regarde directement la caméra; vidéo d’un grand navire dans l’eau; photo de Cornelius Swyers; vidéo de forestiers entrant dans le bâtiment d’un camp d’exploitation forestière.
[Bruit de train]
Des hommes de toute la province de Terre-Neuve ont répondu à l’appel [musique lente de violoncelle solo]
Cornelius Swyers, originaire de St. Georges, était l’un d’entre eux. En juin 1941, il quitta Terre-Neuve pour Liverpool et se rendit d’abord à Invercauld, puis au camp près de Ballater. Après la guerre, Cornelius, mieux connu sous le nom de Con, s’installa à Tomintoul et, à l’automne 2005, il se rendit de nouveau sur le site de son ancien camp de bûcherons.
Vidéo en couleur de Con Swyers et Ian Cameron conduisant une Jeep Willys vers la caméra sur une route forestière, puis se garant.
[Moteur du véhicule]
Ian Cameron l’a accompagné ce jour-là, avec l’authenticité supplémentaire d’une Jeep Willys. Ian, originaire de la région, il a grandi à Ballater et, même s’il était uniquement âgé de cinq ans lorsque les opérations ont pris fin, il a gardé un souvenir très vif du camp dans les bois de Pannanich.
La vidéo se déplace dans la forêt, montrant des vestiges de fondations de bâtiments recouverts de mousse; gros plan sur des feuilles jaunes; photo sépia de cinq bâtiments en rondins alignés et de deux forestiers marchant près d’eux.
Sur ce flanc de colline se trouvaient les cabanes des bûcherons, le centre de travail de milliers d’hectares d’exploitation forestière. Aujourd’hui, ce sont les derniers vestiges de ce qui était connu sous le nom de Glenmuick Camp. [Musique de cordes calme]
Vidéo de Ian et Con marchant, parlant et montrant l’endroit où se trouvaient les bâtiments en rondins.
[Gazouillis d’oiseaux]
Ian : Alors, si tu te tiens d’ici, Con, peux-tu nous décrire tes souvenirs de l’aménagement du camp?
Con : Tout a commencé avec le bureau.
Ian : C’était en haut de la colline.
Con : Oui, c’était un peu plus haut.
Ian: Oui…
Con : Et euh, un peu plus loin, il y avait les logements des cuisiniers.
Ian : D’accord.
Con : Et en bas, sur le terrain plat, il y avait la cantine.
Ian : Oui…
Con : Et quatre ou cinq camps, je ne suis pas sûr. Dans chacun logeaient 15 ou 20 hommes. (Ian) Ils couraient donc exactement de…
Con : Ils suivaient tous la même ligne.
Ian : mhm.
Con : Oui…
Ian : Vous avez donc probablement vécu dans le premier d’entre eux.
Con : J’ai vécu dans le premier, oui.
Photo sépia d’une scène hivernale de bâtiments en rondins avec de la fumée s’élevant des cheminées, des forestiers marchant ou se tenant debout à l’extérieur. Un forestier est tiré sur un traîneau par un poney garron.
Ian : C’est incroyable tout ça…
Vidéo en noir et blanc d’un grand navire dans l’eau, suivie d’une vidéo d’un camp de bûcherons.
[Son de corne de brume]
Narrateur : Les bûcherons volontaires de Terre-Neuve commencèrent à arriver en 1940 et, au cours de la guerre, 3400 d’entre eux firent le voyage vers les douzaines de camps établis en Écosse.
Séquence vidéo de Ian et Con en train de parler dans la forêt.
Ian : Dans les cabanes elles-mêmes, vous aviez juste votre espace de couchage individuel, je suppose…
Con : Ça, ah oui…
Ian : … un casier ou quelque chose comme ça.
[Gazouillis d’oiseaux]
Photo en noir et blanc de l’intérieur d’un dortoir en rondins. Trois hommes se reposent sur leur lit, des objets sont suspendus au plafond au-dessus d’eux.
Vidéo de Ian et Con en train de parler dans la forêt.
Con : Probablement quelques pieds entre chaque lit, c’est tout ce qu’il y avait et un casier pour les vêtements et euh il y avait un grand poêle, un grand poêle rond au milieu de la cabane pour se chauffer, surtout en hiver, car en été, on n’en avait pas beaucoup besoin.
Ian : Non.
Con : … mais en hiver quand il faisait froid et puis certains soirs, des gars avec un violon et des accordéons jouaient de la musique [les hommes en fondu]. Et on avait parfois une super soirée et peut-être que des gars venaient avec… arrivaient du village à moitié saouls (rires).
Séquence de photos en noir et blanc : un groupe d’hommes dans un baraquement (un homme joue du violon et des bottes sont suspendues au plafond), une rangée de bâtiments en rondins, un groupe d’hommes tenant une hache, et un homme jouant du violon et regardant l’appareil photo.
[Des hommes chantent « Squid Jigging Ground » accompagnés d’un accordéon.]
Vidéo de tracteurs transportant des grumes, d’un forestier guidant un poney garron qui transporte des grumes et du travail dans une scierie.
Narrateur : En plus de leur expertise, les bûcherons apportèrent un degré de mécanisation jusqu’alors inconnu dans les forêts écossaises [bruits de tracteur] et, peut-être plus que tout autre chose, c’est la polyvalence et la force brute du tracteur Caterpillar qui résument le mieux cette nouvelle approche. Mais l’extraction du bois abattu ne pouvait pas se faire uniquement avec des tracteurs Caterpillar [bruits de la chaîne]. Au fur et à mesure que les arbres étaient abattus, les poneys garrons étaient utilisés pour transporter le bois vers les niveaux inférieurs de la forêt, où les Caterpillar pouvaient alors se charger du transport vers les scieries ou les camions en attente [bruits industriels].
Séquence vidéo en couleur illustrant Ian et Con en train de parler dans la forêt, entrecoupée d’images d’archives montrant des forestiers en train d’abattre des arbres et des camions transportant des grumes.
Ian : C’était ici que tu travaillais.
Con : J’étais dans les bois à couper des arbres, c’était mon travail et euh [hache coupant un arbre] et parfois un camion… un chauffeur de camion transportait des chargements jusqu’à la scierie…
Ian : Oh, ah, d’accord.
Con : … et à la gare où ils étaient expédiés.
Photo en noir et blanc d’une scierie et vidéo de grumes descendant dans un couloir à grumes.
Narrateur : Au cours de la guerre, des milliers de miles carrés de bois ont été coupés et transportés. Le bois provenant des camps des Terre-Neuviens pouvait servir à plusieurs fins, mais il était surtout utilisé pour la construction d’étais de mine, ce qui assurait l’approvisionnement en charbon de la nation.
Vidéo de trois hommes travaillant dans une scierie; photo sépia de l’extérieur d’une scierie, entourée de piles de grumes.
Ian : C’était important…
Con : Oh oui…
Ian : À l’époque, il y avait encore des mines de charbon partout.
Con : Oui, c’est vrai…
Vidéo de Con et Ian en train de parler dans la forêt.
Ian : … nous avons oublié les mines de charbon, mais c’était…
Con : … et euh, nous avons coupé beaucoup de poteaux pour les mettre sur les plages en cas d’invasion.
Ian : Ah…
Con : … et nous mettions les poteaux dans le sable dans le cas où l’ennemi essayait de faire atterrir les avions sur la plage.
[Les deux hommes parlent, fondu.]
Photo sépia de piles d’arbres abattus dans la forêt qui s’étendent au loin.
Narrateur : Une après l’autre, les collines ont été déboisées et les scieries ont transformé le bois qui leur était constamment fourni. Lors de l’abattage des arbres, il n’était pas rare de voir les bûcherons travailler en groupes de quatre ou parfois en paires.
Photo sépia de deux bûcherons travaillant dans la forêt. L’un tient une hache, l’autre une scie à bûches.
Vidéo en couleur de Con et Ian en train de discuter dans la forêt, entrecoupée d’une photo et d’une vidéo en noir et blanc d’hommes travaillant dans la forêt.
Con : Et on travaillait six jours par semaine, des journées de huit heures et parfois on rentrait même le soir. On commençait le travail à la pièce au bout d’un moment, on se faisait un peu d’argent supplémentaire et on y allait pour quelques heures après le thé et puis on se pressait pour se laver et s’habiller et tout ça. Ensuite, on se rendait à Ballater pour aller danser. On allait d’abord au pub, bien sûr.
[Musique lente de violoncelle]
Photo en noir et blanc d’un grand groupe de forestiers marchant dans la forêt.
Narrateur : Et, à la fin de la journée, les hommes retournaient au camp sur le flanc de la colline, une petite portion de Terre-Neuve dans les Highlands écossais.
[La musique continue]
Photo sépia d’une rangée de bâtiments en rondins dans la forêt.
Vidéo de Ian et Con assis sur une pile d’arbres abattus, regardant une photo en noir et blanc. Un gros plan de la photo montre un groupe d’hommes dans un baraquement. Un homme joue du violon et des bottes sont suspendues au plafond.
Ian : Nous parlions des cabanes… j’ai cette photo ici.
Con : Oui.
Ian : Et c’est toi ici, je crois.
Con : C’est moi… là et c’est un certain Bill O’Quinn qui jouait du violon.
Ian : Il était violoneux? Est-il retourné à Terre-Neuve?
Con : Oui, il y est retourné.
Ian : Il n’est pas resté…
Con : Non.
Narrateur : À la fin de 1943, le travail fut terminé à Dalmochie et les collines environnantes furent dénudées de tout bois utilisable.
Vidéos d’un homme guidant une grume attachée par des chaînes pour la placer sur une pile, et d’hommes en uniforme des forces armées. Photos sépia d’une scène dans un port de Terre-Neuve, d’une maison en rondins avec une femme au premier plan et une femme et un bébé dans l’embrasure de la porte, et d’une scène de ville montrant des camions livrant des marchandises.
Certains des hommes allèrent travailler dans des exploitations forestières ailleurs. [Musique lente de trompette] D’autres s’engagèrent dans des unités de combat. À la fin de la guerre, la plupart des hommes entreprirent le long voyage de retour vers les villes et les villages de leur pays d’origine.
Photos en couleur de deux hommes âgés, en costume, qui sourient pour l’appareil photo; un groupe de 13 hommes âgés posent en 3 rangées. Ils portent des costumes avec des rubans épinglés sur la poitrine gauche. Une photo en noir et blanc de quatre hommes assis nonchalamment sur un tas de rondins, le sourire aux lèvres.
Chaque année à Terre-Neuve, les familles et les amis des bûcherons, ainsi que les hommes eux-mêmes, de moins en moins nombreux, se réunissent pour se souvenir d’un chapitre, court, mais spécial, de l’histoire de leur pays. Et ils se souviendront toujours, avec affection et fierté, de leurs amis et de leurs parents qui étaient les hommes de la Newfoundland Overseas Forestry Unit.
Photo en noir et blanc de deux jeunes forestiers se faisant face et souriants. L’un d’eux porte une hache sur l’épaule.
[la trompette s’éteint.]



Transcription traduite de l’anglais :
Une coupure de journal d’une seule colonne est intitulée « Dalmochie Camp, Letter to the Editor ». On peut y lire ce qui suit :
Monsieur le rédacteur,
Nous aimerions profiter de cette occasion pour remercier tous les habitants de Ballater qui ont donné si généreusement de leur temps pour nous aider à retrouver les traces de notre père Sam Beckett, membre des forestiers de Terre-Neuve stationnés au camp de Dalmochie en 1940.
Nous sommes impatients de revenir dans la région lorsque le camping sera entièrement aménagé. Je pense qu’il s’agira d’une grande attraction touristique pour les nombreux descendants terre-neuviens et les parents des 3 000 forestiers qui ont été dispersés dans les hautes terres d’Écosse pendant l’effort de guerre.
Nous avons vécu une expérience tellement formidable que nous ne cesserons de promouvoir comme lieu de destination où les Terre-Neuviens peuvent renouer avec leur passé.
Cordialement,
Eric et Gerri Beckett