LA SECONDE
GUERRE
MONDIALE
TRAVAIL ACHARNÉ
ET DANGERS

DÉFIS, RISQUES ET RÉALISATIONS
Pendant les années de guerre, la Newfoundland Overseas Forestry Unit (NOFU) exploita 71 camps dans différents endroits d’Écosse et d’Angleterre. Les forestiers adaptèrent les méthodes de coupe, d’abattage et de transport du bois qu’ils utilisaient chez eux aux conditions et aux exigences de leur lieu de travail en temps de guerre.
Comme ce fut le cas pendant la Première Guerre mondiale, les Britanniques étaient impressionnés par l’habileté et la rapidité avec lesquelles les hommes abattirent des arbres et construisirent des baraques en rondins. Ils admiraient également leur agilité à conduire des tracteurs sur des pentes accidentées et leurs innovations en matière de coupe et de transport du bois. Le traîneau « du diable » tiré par des chevaux, construit pour améliorer les déplacements sur les terrains difficiles, fut particulièrement apprécié.
Pendant la guerre, environ 30 000 acres (12 140 hectares) de forêt au total furent exploités au Royaume‑Uni. La NOFU participa à ce travail, aux côtés du Corps forestier canadien, de la British Honduran Forestry Unit et du Women’s Timber Corps (R.‑U.), une organisation similaire au Women’s Timber Service de la Première Guerre mondiale. À la fin de 1944, la NOFU récolta plus de 31 millions pi3 de bois rond (31 501 421 pi3 ou 630 000 cordes).



Trente-quatre forestiers sont décédés au cours des années de service de la NOFU au Royaume-Uni, à la suite d’accidents du travail, de maladies ou de malheurs. Des centaines d’autres ont été renvoyés chez eux pour cause de blessure ou de maladie. Beaucoup d’autres sont morts après avoir été transférés de la NOFU vers d’autres unités en temps de guerre, notamment la Royal Navy, la Royal Air Force et la Merchant Marine. L’Imperial War Graves Commission entretient les tombes des membres de la NOFU enterrés en Écosse.
Transcription traduite de l’anglais :
Un jeune de Glovertown meurt tragiquement
après avoir été abattu par une sentinelle qui tentait d’arrêter une voiture qui passait.
Maxwell Hawkins, de Glovertown, dans la baie de Bonavista, qui travaillait en Écosse avec un contingent de forestiers de Terre-Neuve, a connu une mort tragique récemment lorsqu’il a été abattu par une sentinelle qui tentait d’arrêter une voiture qui passait.
REGARDER ET ÉCOUTER
DANS UNE FORÊT PROCHE
La NOFU a attiré l’attention de la presse écrite à plusieurs reprises au cours de son séjour au Royaume-Uni. Lorsque les hommes de l’unité débarquent de leur navire à Liverpool le 18 décembre 1939, ils constituent le premier contingent de forestiers à arriver au Royaume-Uni en provenance des dominions. De là, ils se rendirent en train dans des camps gérés par le ministère du Travail à Kielder et Kershopefoot, en Angleterre, près de la frontière écossaise. Un correspondant du News Chronicle leur a rendu visite quelques jours après leur arrivée.

« À la demande, l’un des pêcheurs-bûcherons interprète Squid Jiggin’ Ground : « Toutes sortes de personnages avec des lignes à calmar et des turluttes / Ils se rassemblent ici sur les lieux de pêche au calmar. »
Résumé : Cette vidéo, narrée en anglais et sous-titrée en français, comprend une série de photographies historiques illustrant les points du récit. On y voit la forêt de Kielder en Angleterre, le camp de la NOFU à Kildrummy, des groupes de membres de la NOFU, deux boxeurs de la NOFU, un danseur de gigues avec un violoneux, des pêcheurs, des membres de la NOFU en train de danser et une colline couverte de pins.
Titre: Dans une forêt proche
Narratrice :
Lorsque le crépuscule tombe et que les haches ne résonnent plus sur les collines, les hommes rentrent en camion à leur camp, à 19 mi (31 km) de nulle part, dans les grands espaces du Northumberland. Ils se lavent, mangent (et combien!), puis s’amusent toute la nuit. Ils ne jouent pas aux fléchettes et ne chantent pas de jazz, et les cartes, comme le poker et la « paire de cinq », ont peu d’intérêt pour eux, alors ils trouvent leurs propres divertissements.
Voici ce à quoi j’ai eu droit quand ils ont su que j’étais un étranger qui venait passer la nuit chez eux : solos de piano-forte, tournois de boxe, sélections de mélodies à l’harmonica, danses à claquettes et claquage, danses, balades de la patrie et chants de pêcheurs.
Les rondes de boxe ont tout d’abord permis d’échauffer les esprits, de même que les mélodies à l’harmonica dans la longue baraque en bois. Lorsque les boxeurs se sont retirés, les danseurs solistes s’y sont mis jusqu’à ce que la transpiration ruisselle sur leurs visages bronzés.
Pour changer les choses, nous nous sommes rassemblés autour du piano et avons chanté les chansons coloniales des hommes (The Trinity Cake et Star of Logy Bay). Ils ont enchaîné les chansons préférées des cabanes forestières lointaines de leur propre patrie. « Nous hurlerons et nous rugirons comme de vrais Terre-Neuviens », ont-ils crié.
Quand on lui en a fait la demande, l’un des pêcheurs-bûcherons interprète Squid Jiggin’ Ground, le calmar étant utilisé comme appât le long des baies : « Toutes sortes de personnages avec des lignes à calmar et des turluttes / Ils se rassemblent ici sur les lieux de pêche au calmar. »
Les danses rondes sont la partie la plus amusante de cette joyeuse soirée coloniale dans l’arrière-pays britannique. Une vingtaine de costauds pesant jusqu’à 14 stones (89 kg) chacun se lancent dans les danses anglaises à l’ancienne. Ces jeunes géants interprètent ensemble des lancers et des quadrilles, et s’entrelacent tandis qu’une centaine d’admirateurs frappent des mains et des pieds, et que les maîtres de l’harmonica s’époumonent avec frénésie. Les bottes tapent sur le sol, les chandails sont jetés ici et là, le bruit est assourdissant.
Soudainement, le capitaine Turner s’adresse aux hommes, imposant le silence : « Les gars, c’est bientôt le couvre-feu. Êtes-vous prêts? » La foule se dirige vers le piano et chante son propre hymne, écrit par Cavendish Boyle : « Quand les rayons du soleil couronnent tes collines couvertes de pins / Et que l’été tend sa main / Quand les voix argentées accordent tes ruisseaux / Nous t’aimons, terre bienveillante », après quoi ils chantent un autre hymne avec la même ferveur God Save the King.
Crédits :
Production : Ursula A. Kelly et Meghan C. Forsyth
« In a Nearby Forest » (dans une forêt proche) écrit par George Pollard, publié dans le News Chronicle, 23 décembre 1939
Narratrice : Emma Claire Brightlyn
Photographies utilisées avec l’aimable autorisation d’Irene Hunter, d’Eric Beckett, de la famille Gladney, de la famille Boyd, des Archives and Special Collections (bibliothèques de l’Université Memorial) et de la division des archives provinciales The Rooms
Photographie « Kielder Forest from Deadwater Fell » : James T.M. Towill
2024
Logos : Grand Falls Windsor-Heritage Society, Université Memorial et Musées numériques Canada
L’ACCUEIL D’UN DUC
Le duc de Devonshire, sous-secrétaire d’État britannique pour les dominions, accueillit certains des forestiers terre-neuviens en mars 1940, peu de temps après leur arrivée (voir l’extrait ci-dessous, traduit de l’anglais). Ses mots de bienvenue illustrent à quel point les contributions de la NOFU étaient déjà valorisées. Plus tard au cours du même printemps, il effectue également une visite de trois jours des opérations de la NOFU en Écosse.
IMPORTANCE NATIONALE VITALE
Les bûcherons de Terre-Neuve sont réputés dans le monde entier pour leur habileté et leur rusticité. Ils ont appris à travailler dans les forêts qui alimentent les grandes usines de pâte à papier de Grand Falls et de Corner Brook. Lorsque vous lisez les quotidiens de ce pays, n’oubliez pas qu’une grande partie du papier sur lequel ils sont imprimés provient de Terre-Neuve et peut même être le produit de votre propre travail.
Environ 1 000 d’entre vous sont déjà dans ce pays et la majorité est déjà au travail. Votre groupe, qui compte 1 000 personnes de plus, complète presque l’unité.
Le capitaine Turner m’a parlé du magnifique enthousiasme qui anima les premiers arrivés sous son commandement et je suis sûr que vous arrivez dans le même esprit. J’espère qu’il n’y aura pas de retard dans la réalisation de votre important travail, mais vous vous rendrez compte qu’un grand projet de ce type nécessite une organisation très minutieuse et que vous ne perdrez pas votre ardeur même si des retards se produisent.
Vous êtes venus pour effectuer un travail d’une importance nationale vitale. En Angleterre, nous ne pouvons pas payer nos importations nécessaires sans exportations et, parmi celles-ci, le charbon est la plus importante. Nous ne pouvons pas exporter de charbon sans étai de mine, et ceux de Terre-Neuve et d’ailleurs n’arriveront pas avant l’été prochain.
En attendant, il faut pallier le problème avec du bois produit sur place, et c’est à vous de veiller à ce que l’approvisionnement ne s’épuise pas. Vous travaillerez dans des conditions nouvelles et étranges, mais vous serez parmi des amis qui apprécieront grandement la façon dont vous êtes venus aider au moment où le besoin se fait sentir […]
The Western Star, 20 mars 1940
ÉCOUTER (en anglais)

PORTRAIT D’UN FORESTIER
SURINTENDANT EDGAR BAIRD
Edgar Baird, de Campbellton, qui avait été garde forestier en chef de Terre‑Neuve de 1935 à 1937, fut nommé surintendant de la NOFU au début de la guerre. En 1941, il s’engagea dans la Royal Air Force, atteignit le grade de capitaine d’aviation et servit jusqu’à la fin de la guerre. De retour à Terre‑Neuve, il se lança dans des activités commerciales en aviation, en exploitation forestière et en tourisme, et joua un rôle clé dans le lobbying en faveur de la création de Gander. Après avoir connu du succès dans ces domaines, il fut nommé président du district d’amélioration locale de la nouvelle ville et contribua au développement de la collectivité. Au cours de l’été 1961, M. Baird ferma son entreprise pour lutter contre le gigantesque incendie de forêt de Bonavista North en tant que chef des pompiers volontaires. Il fut également le fondateur des Junior Forest Rangers à Terre‑Neuve.
Edgar Baird est décédé en 2005, un an après son investiture dans l’Ordre de Terre‑Neuve‑et‑Labrador.
LA NEWFOUNDLAND OVERSEAS FORESTRY UNIT
Par capitaine Jack Turner
The Western Star, 29 janvier 1943
(extraits traduits de l’anglais)
Un peu plus de deux ans après que la première ébauche de la NOFU a quitté Terre-Neuve pour le Royaume-Uni, l’officier responsable, le capitaine Jack Turner, a rédigé la mise à jour suivante (en six extraits) sur l’unité.
LE PREMIER HIVER
Nous avons débarqué pendant l’un des pires hivers de l’histoire des îles Britanniques. À notre arrivée, nous avons été placés dans de grands camps construits par le ministère du Travail pour servir de centres de formation aux jeunes chômeurs. Il s’agissait de camps modernes, éclairés à l’électricité et équipés de cuisines modernes, mais ils étaient pour nous d’un froid presque insupportable, en grande partie parce que le climat était beaucoup plus humide que le nôtre et que l’idée locale d’une température agréable à l’intérieur est à peu près ce que nous considérerions comme plutôt frais à l’extérieur.


C’était une véritable aventure que de s’installer dans les bois, car il fallait repartir à zéro. Plusieurs des boisés étaient plutôt isolés et, avant de pouvoir commencer à construire un camp, il nous fallait trouver un endroit où vivre. Nous avons envahi les salles des fêtes, les hangars d’exercice, les chalets et les granges vides. Dès qu’un bâtiment était construit, quelques hommes s’y installaient et en construisaient un autre. Ce processus « boule de neige » s’est poursuivi étape par étape et, à la fin du printemps 140, nous avions déjà déplacé tous les hommes des camps de base vers les boisés.
Au cours de cette période, nous avons connu de nombreuses maladies, attribuables en grande partie au fait que nous n’étions pas habitués à l’humidité et que nous avions tendance à traiter les rhumes avec trop de légèreté. La « grippe » sévissait et se transformait parfois en pneumonie, et nous avons eu quelques cas de méningite, qui semblaient se manifester un peu partout au pays. Grâce à l’arrivée du printemps, la situation s’est améliorée et, même si presque tous les nouveaux arrivants semblent avoir dû passer par une phase d’acclimatation, l’état de santé général de l’unité est assez bon depuis un certain temps. Je ne sais pas si le Newfoundland Forestry Corps a construit des camps en rondins pendant la dernière guerre, mais je suis presque sûr que nous avons construit les premiers camps que l’on a vus dans de nombreuses régions du pays. Au début, ils étaient considérés comme une curiosité et les gens venaient de loin pour les admirer.
Pendant cette période, nous avons constaté à quel point les conditions météorologiques étaient presque toutes mauvaises. À un endroit, les routes furent bloquées pendant des jours et nous avons dû faire appel à des équipes entières pour creuser dans les bancs de neige. À d’autres endroits, il pleuvait presque tous les jours. Malgré tout, nous avons progressivement redressé la situation et, à la fin du printemps, nos camps étaient opérationnels du sud de l’Angleterre à presque tout le nord de l’Écosse.
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DE NOUVEAUX TRUCS
Quand nous avons commencé à travailler, nous nous sommes rendu compte que nous avions beaucoup à apprendre. C’est une chose de transformer un peuplement entier d’arbres en bois à pâte de 4 pi (1,2 m), mais c’en est une autre de transformer chaque arbre en étai de mine d’une douzaine de sortes et de tailles, chacun devant être coupé exactement à la bonne taille, et chaque taille empilée et expédiée séparément. Cependant, lentement et péniblement, avec beaucoup de peine et un certain nombre de mots plutôt grossiers, nous avons appris.
Nous avons également eu du mal à nous habituer à tout transporter sur un terrain dénudé. La neige et la glace nous manquaient et nous n’aimions surtout pas la boue.

Ensuite, nous avons dû nous habituer aux machines des scieries écossaises et essayer de combiner le matériel écossais et les idées terre-neuviennes dans une scierie qui produirait des quantités raisonnables de bois d’œuvre. Dans l’ensemble, nous avons dû laisser aller de nombreuses méthodes auxquelles nous étions habitués et en adopter ou en inventer de nouvelles…
Nous avons appris de multiples nouveaux trucs et nous nous sommes adaptés, ainsi que nos méthodes, aux conditions locales. Grâce à nos nouvelles connaissances, nous sommes une organisation qui fonctionne beaucoup mieux qu’il y a un an. Je pense qu’aucun membre de l’unité n’admettra qu’il existe une meilleure équipe que la nôtre dans les forêts du Royaume-Uni.
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ORGANISATION
Nous sommes désormais assez autonomes. Nous construisons nos propres camps et routes, fabriquons nos propres traîneaux, etc. Nous nous occupons de notre propre nourriture; nous gérons nos propres baraques de divertissement et cantines; nous concevons, construisons et exploitons nos propres scieries; nous réparons et entretenons une grande partie de nos machines et équipements; et nous sommes en train de mettre sur pied notre propre bataillon de gardes forestiers.
Afin d’économiser du temps et de la main-d’œuvre, nous avons uniformisé nos méthodes autant que possible et nous essayons de concevoir un système d’exploitation forestière adapté aux conditions locales et à l’équipement à notre disposition.
Bien entendu, il est impossible de tout uniformiser, mais nous avançons à grands pas dans cette direction.
Prenons l’exemple de la construction d’un camp : une petite équipe spéciale s’occupe de cette partie du travail et réalise toutes les constructions, dont la plomberie et l’approvisionnement en eau. Comme le nombre d’hommes dans nos nouveaux camps varie de 80 à 120, il doit y avoir une certaine variation dans la taille des camps. Pour nous rapprocher le plus possible d’un camp normalisé, nous utilisons un dortoir uniforme, pouvant accueillir 12 hommes, et nous nous contentons de varier le nombre de dortoirs. L’emplacement de cuisson, qui comprend la salle à manger, la cuisine, le garde-manger et le logement des cuisiniers, est construit en forme de « T » majuscule, la cuisine formant la tige. La largeur des deux parties du bâtiment est la même dans tous les cas, de sorte que pour un camp plus grand, il suffit d’allonger les deux parties. Nous utilisons une baraque sanitaire uniforme dans chaque camp. Comme elles sont toutes semblables, il n’est pas très difficile de déplacer la plomberie d’un camp découpé à un nouveau. Les baraques de divertissement sont semblables aux emplacements de cuisson, la cantine et le logement du directeur formant une annexe. Le local d’entreposage, les magasins, etc., sont les mêmes dans tous les nouveaux camps.
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CONSTRUCTION
L’équipe de construction est une organisation très occupée. En plus de construire des camps, elle doit les maintenir en état, ce qui, en soi, est un travail considérable. La même équipe, qui est composée de deux ou trois mécaniciens, construit et entretient nos scieries.
Une autre petite équipe assure la plupart des travaux de construction des routes. Dernièrement, tout est fait à la main, mais nous avons récemment acquis quelques appareils mécaniques. Pour vous donner une idée de l’ampleur des travaux de construction de routes : d’ici le Nouvel An, nous devons construire plus de 10 mi (16 km) de routes de gravier destinées aux lourds camions, et nous sommes à la mi-novembre.
DES MÉCANICIENS OCCUPÉS
L’équipe de mécanique et de réparation est une autre branche importante. Son travail consiste à veiller au fonctionnement de nos machines et de nos équipements en réduisant au maximum les pertes de temps. Nous avons établi un atelier de réparation près du centre géographique de nos opérations, et c’est là que sont acheminées toutes les machines gravement endommagées. Pour ce qui est des réparations mineures, elles sont effectuées dans les districts.
Dans cet atelier, vous pouvez voir des mécaniciens terre-neuviens à l’œuvre sur toutes sortes d’appareils, d’un poêle en panne à un tracteur gravement endommagé.
Bien sûr, nous ne pouvons pas effectuer toutes les réparations, car nous ne disposons pas de l’équipement nécessaire, mais notre petit atelier de réparation nous a permis d’utiliser notre matériel de transport pendant plusieurs milliers de jours, ce qui n’aurait pas été possible autrement. Nous disposons également d’un atelier de menuiserie où sont fabriqués et réparés tous les traîneaux utilisés dans le cadre de nos activités, ainsi que d’autres travaux de menuiserie. Cet atelier a pris naissance dans le coin d’une forge locale et s’est agrandi régulièrement au fur et à mesure que l’on prit conscience de son importance, jusqu’à ce qu’il consiste aujourd’hui en un groupe d’ateliers et de magasins, occupés par une trentaine d’ouvriers qualifiés, qui ont leur propre logement à proximité.
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DES CUISINIERS INGÉNIEUX!
Parce que l’estomac guide une unité forestière, la restauration est une opération majeure. Dans chaque district, un officier de restauration s’occupe de l’achat et de la distribution de toute la nourriture et des fournitures du camp. En ces temps de rationnement, son travail n’est pas de tout repos, car les hommes qui travaillent dur et longtemps ont besoin de bonne nourriture, et de beaucoup de nourriture. Malgré le rationnement et les difficultés de distribution, il n’y a pas de pénurie de nourriture bonne et bien cuisinée dans nos camps. Nos cuisiniers sont nombreux à avoir fait des miracles en préparant des plats terre-neuviens à partir de produits britanniques.
Lorsqu’un cuisinier est capable de produire des fèves au lard de première qualité sans mélasse ni porc gras, et de transformer des biscuits de navire et du poisson d’Islande en un très bon poisson et une bonne bière, c’est qu’il est BON. La plupart de nos cuisiniers le font régulièrement, et je pense qu’il n’y a pas meilleur moment pour leur donner une tape sur l’épaule bien méritée.
L’unité a acquis la distinction d’être la plus efficace actuellement en activité au Royaume Uni et sa production par homme employé est supérieure à celle de toute autre unité similaire. Les membres de l’unité sont fiers, à juste titre, de ce résultat.
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Transcription traduite de l’anglais :
AVIS
Un nombre limité de cuisiniers expérimentés est requis pour l’unité forestière outre-mer de Terre Neuve. Les salaires sont de 75 $ par mois, logement et repas compris.
Les demandes doivent être faites par écrit et indiquer l’âge, l’expérience, les compétences et les recommandations. Veuillez envoyer votre demande à l’adresse suivante :
Newfoundland Overseas Forestry Unit
Department of Natural Resources
St. John’s
Les candidatures doivent parvenir au Ministère au plus tard le 6 juillet 1940.
Le secrétaire aux Ressources naturelles,
Claude Fraser
LES BÛCHERONS DU NORD : LES MANIÈRES DE TERRE-NEUVE
1 janvier 1941
The Western Star
Loin dans les régions sauvages du nord du Northumberland, où un vent froid souffle au sommet des collines et où un brouillard pesant s’échappe des vallées, de robustes bûcherons terre-neuviens abattent des arbres géants sur les lieux d’anciens conflits frontaliers.
Ils chantent en balançant leurs haches et, tels des rameurs, se balancent lorsque la tronçonneuse s’enfonce dans les entrailles d’un vieux sapin écossais ou d’un épicéa norvégien.
Ces hommes du pays des brouillards et des fjords apportent une contribution essentielle à l’effort de guerre de l’Empire. Ils fournissent le bois nécessaire à la construction de boîtes d’obus et de nourriture des forces armées, aux étais de mine et aux traverses pour les chemins de fer.
Ils vivent dans un campement de bois et de tôle ondulée le long du North Tyne. Le fleuve y est étroit, mais son débit est suffisamment rapide pour que les grumes puissent être transportées par flottage sur une distance de 7 mi (11 km) jusqu’aux scieries. Cependant, le flottage du bois sur le fleuve est un jeu d’enfant comparé aux 75 mi (121 km) de descente de la rivière des Exploits dans leur propre pays. Là-bas, les grumes sont transportées à cheval. Sur le Tyne, ils jettent simplement les troncs à l’eau et les laissent flotter jusqu’à l’estacade près des scieries.
Lorsque j’ai visité le camp hier, une partie des 58 Terre-Neuviens présents étaient en train d’abattre des pins et des épicéas sur un flanc de colline luxuriant. Des copeaux de bois s’envolaient comme des étincelles de la base des arbres lorsque les haches s’abattaient, et d’un groupe d’arbres voisin provenait le « zzzz-zzzz-zzzz » rythmique de la coupe transversale.
Les hommes portent des vêtements qu’ils ont apportés de Terre-Neuve : des casquettes doublées de fourrure, des bottes de cuir appelées « loggins », des coupe-vent ou, pour les non-initiés, des « jerkins » (gilets), des culottes aux genoux et d’épais chandails de laine.
J’ai discuté avec Winston Churchill McLean, un homme de 28 ans au visage rougeaud, originaire de St. George’s, sur la côte ouest de l’île. Il était « très fier » de ses noms chrétiens, et le calme des landes du Northumberland ne le dérangeait pas, disait-il.
Il est arrivé en Angleterre en janvier, a tellement aimé le Vieux Pays qu’il a signé un contrat de service pour six mois supplémentaires à l’expiration de son contrat, et a parlé de rester ici « tant qu’il le sera nécessaire ». Ses parents sont écossais, et il a de la famille à Inverness qu’il aimerait rencontrer.
« Les choses vont bien ici », dit-il tranquillement. « La seule chose que je regrette, c’est le prix du tabac. Heureusement, nous pouvons nous procurer du tabac de Terre-Neuve, hors taxes. Quatre onces coûtent un shilling. C’est un bon rapport qualité-prix, non? »
Arthur Hamlin, un homme à lunettes, est arrivé ici en décembre en tant que sous-contremaître et a été nommé contremaître responsable en mars. Son père est venu du sud du Pays de Galles. Il travaille dans l’abattage d’arbres depuis 18 ans et il est capable de déterminer, après quelques secondes d’examen, l’âge approximatif de l’arbre.
Dans les scieries, une escouade de ses hommes s’affaire à réduire les pins et les épicéas en bois de charpente tel que le connaissent les charpentiers. Des particules de bois s’échappent d’une scie circulaire, des grumes provenant de la Tyne et des points d’abattage plus proches roulent dans la cour sur des bogies, et ici et là, des piles de bois coupé attendent d’être transportées.
Le drapeau de Terre-Neuve flotte au-dessus du camp. À l’origine, le ministère du Travail se servait des bâtiments du camp, bien groupés, comme centre d’instruction.
« Nous y sommes très à l’aise », affirme M. Hamlin, en montrant des chambres bien rangées, une salle à manger commune, des douchières et d’autres commodités […]
Lorsque le travail est terminé pour la journée, les hommes écoutent la radio, jouent au billard, lisent ou lavent leur chemise. Ils aiment danser. Certains d’entre eux donnent des démonstrations de pas de danse dans la baraque de divertissement. Une fois par semaine, des bals sont organisés dans les salles des fêtes, et les filles viennent des districts environnants pour danser avec les Terre-Neuviens.
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AVEC LES BÛCHERONS, DANS L’ARGYLLSHIRE
The Daily News
30 novembre 1940
Soucieux de répondre à l’appel de leur mère patrie, un groupe de Terre-Neuviens se rendit immédiatement sur place pour aider dans les bois […] Arrivés à Liverpool en janvier, ils se retrouvent rapidement dans la région peu habitée de Lochaweside, nichée sous la montagne Ben Cruachan, encore recouverte de neige.
En quelques jours, le détachement précurseur avait érigé un camp en rondins pour loger les 45 hommes, avec des écuries, etc., et même les jours les plus froids, les baraques étaient absolument chaudes, les vents les plus forts ne pouvant pénétrer les murs remplis de mousse.
Bientôt, les haches s’abattent et les plantations denses d’autrefois deviennent des étendues de bois couché, en rangs bien ordonnés, les cimes et les branches étant brûlées au fur et à mesure que le travail avance. Des chevaux sur une sorte de traîneau en bois appelé « go-devil » tirent ces arbres vers le banc de sciage, lesquels sont ensuite mesurés et coupés à la longueur requise et empilés en tas nivelés.
Au début du mois de mai, l’ordre d’« accélération » fut donné et la journée de 12 heures suivit, y compris les dimanches. La plupart du temps, on entend le bruit de la scie se poursuivre jusqu’à plus de 20 h.
Les chants et les sifflements des hommes pendant qu’ils travaillaient montrent qu’ils ont accepté les longues heures et le travail supplémentaire dans un bon esprit, même s’ils sont très heureux de pouvoir de nouveau profiter de leurs dimanches libres après quelques semaines.
Ils trouvent la région très calme et ennuyeuse pendant leur temps libre, loin de toute ville ou tout village, mais heureusement, les mois de mai et juin ont été si beaux et si chauds qu’ils purent faire du bateau sur le loch, se sentant parfaitement à l’aise sur l’eau.
Alors que la radio de leur camp annonce le naufrage d’un navire, la capitulation de la Belgique et la retraite de France, ces hommes forts venus d’outre-mer sont impatients de prendre les armes. Certains veulent s’engager dans la marine britannique – en dépit du fait que le gouvernement les considère comme plus utiles dans les bois – et lorsque leur contrat de six mois s’achève le 19 juillet, bon nombre d’entre eux retournent chez eux, certains pour s’engager, d’autres pour rejoindre leur famille, laissant leur place à des compatriotes.
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Transcription traduite de l’anglais :
Les bûcherons terre-neuviens jouent un rôle important dans l’effort de guerre.
Le commissaire Penson décrit ses visites aux camps en Écosse.
Les sacrifices de Terre-Neuve sont reconnus en Grande-Bretagne.
L’honorable J. H. Penson, commissaire aux finances, a prononcé hier soir une allocution sur le thème « La Grande-Bretagne s’adresse à Terre-Neuve », dans le cadre de laquelle il a donné des renseignements intéressants sur le travail accompli en Écosse par les membres de la Newfoundland Overseas Logging Unit.


EXPRIMER DES ÉMOTIONS
Comme ils le font chez eux, les forestiers de la NOFU s’appuient sur des chansons et des rimes pour exprimer leurs sentiments à l’égard de leur travail et pour leur remonter le moral. Plusieurs de ces courtes rimes ont été imprimées dans des journaux britanniques.
« [Ces chansons] furent chantées par des bûcherons experts et vaillants du Canada, de Terre-Neuve, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, dont les camps avec leurs baraques en bois rond et leur nom pittoresque ont suscité des activités animées dans des régions boisées autrefois tranquilles. »
« Nous utiliserons les arbres afin d’en faire des cercueils pour Herr Hitler et ses hommes, et nous enterrons tous les nazis pour qu’ils ne vous importunent plus. »
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« Mes 12 premiers mois à l’étranger se sont déroulés dans la New Forest, à 12 mi (19 km) de Southampton. Nos ennemis étaient très actifs. Ils effectuaient des raids tous les jours. Malgré les raids, nous allions toujours à Southampton la fin de semaine. Nous n’étions qu’à 5 mi (8 km) de la Manche. J’étais là quand les Allemands ont essayé d’envahir l’Angleterre. Le ciel ressemblait à une toile infernale. J’ai passé six mois à lutter contre les incendies provoqués par les bombes incendiaires. »
RECONNAISSANCE OFFICIELLE
Le vice-premier ministre britannique, Clement Attlee, rendit visite aux forestiers en 1942. Il salua publiquement leur travail et leur contribution en temps de guerre.
Des 300 000 habitants [de Terre-Neuve], plus de 10 000 ont traversé l’Atlantique pour prendre part à une forme quelconque de service de guerre …. [d]ans la marine, l’armée de terre, l’armée de l’air, la marine marchande et les unités forestières […] Il y a moins de 15 jours, j’ai eu l’occasion de visiter certains des camps de l’unité forestière qui rend un service non moins vital pour l’effort de guerre que celui des combattants. Là encore, j’ai vu un groupe splendide d’hommes en pleine forme et en bonne santé et, je crois, heureux. J’ai soupé dans l’une des salles à manger des hommes et je peux vous assurer qu’ils sont bien nourris. Je suppose qu’il n’y a aucune partie du lointain Empire britannique qui ait une plus longue tradition de loyauté et de service que Terre-Neuve.
The Daily News, 18 septembre 1942 (traduit de l’anglais)

UNE LETTRE ENVOYÉE À LA MAISON
Les journaux de Terre-Neuve publièrent très peu de lettres envoyées par les hommes de la NOFU. Cette exception montre à quel point les forestiers d’outre-mer ont tenté de rassurer leurs amis et leurs familles au loin. Notons que l’emplacement des camps de la NOFU n’a pas été divulgué pour des raisons de sécurité en temps de guerre.
« Un pays agréable, mais qui n’a rien à envier à Terre‑Neuve. »
3 avril 1940
« QUELQUE PART EN ÉCOSSE »
Je suis en Écosse, le pays de nos ancêtres, et je dois admettre qu’il s’agit d’un relativement beau pays, après tout, d’après ce que j’en ai vu. Nous sommes stationnés dans un domaine rural, et il y a un petit village tranquille à environ 3 mi (4,8 km) de notre camp, où nous nous promenons souvent après le travail […]
Tous les hommes s’amusent et je peux vous dire que les Écossais sont merveilleux. Tout est fait pour notre confort et notre divertissement : les cantines sont ouvertes, les salles de danse aussi et tout le monde reçoit de l’aide.
Je suppose qu’à ce moment-là, un grand nombre de nos Terre-Neuviens se sont joints à d’autres unités et sont partis. « Je leur souhaite bonne chance. Je suis désolé que certains de nos gars qui sont venus avec nous soient tous divisés en sections. Il n’y a qu’une demi-douzaine d’hommes de notre section de l’île « W ».
Nous n’avons pas encore eu affaire à des avions ennemis, bien qu’ils aient été très près de notre emplacement. Les habitants de Terre-Neuve devraient s’estimer heureux d’être si loin de ces situations dangereuses.
C’est un pays agréable, mais il n’a rien à envier à Terre-Neuve. Je n’ai pas grand-chose à ajouter, si ce n’est que je vais bien et tous les hommes aussi.
Le bonjour à tous nos amis!
Sincèrement,
HMG
ÉCOUTER (en anglais)
VISITE D’UN CAMP DE BÛCHERONS ÉCOSSAIS
Le journaliste et auteur de science-fiction, W.J. Passingham, écrivit l’un des récits les plus connus sur le travail de la NOFU en Écosse. Dans cet extrait, ici traduit de l’anglais, il décrit un camp près de Ballater et la coupe qui a lieu à Pannanich Hill. Il nous présente également Edgar Baird, l’un des surintendants des premières années de la NOFU.
Au cours de leur première année de travail dans les hautes terres d’Écosse, les bûcherons terre-neuviens ont abattu environ 3 000 arbres par semaine, soit environ 10 000 pi3 (283 m3) de bois, en appui à l’effort de guerre britannique […] M. Edgar Baird, directeur de la Newfoundland Overseas Forestry Unit, a été chargé d’installer ses hommes dans des camps disséminés, dans les montagnes écossaises, là où poussent les grands pins […] Aujourd’hui, le voyageur qui sort de Ballater et qui prend le large virage de cette route tombe soudainement sur une scène qu’il pourrait confondre avec un camp de bûcherons typiquement canadien. Il y a des baraques en rondins construites par les Terre-Neuviens, installées dans une clairière et exposées aux intempéries des flancs de montagne, qui surpassent en chaleur et en confort tout ce que les constructeurs de banlieue ont pu produire. La mousse ramassée dans la forêt sert à rembourrer les rondins grossièrement taillés et à maintenir les baraques à l’abri des courants d’air. En passant quelques minutes à l’intérieur de ces baraques exposées au froid glacial, on se rend compte que les Anglais et les Écossais n’ont pas encore appris à se tenir au chaud.
ÉCOUTER (en anglais)
UN FORESTIER ENTERRÉ EN ÉCOSSE
31 juillet 1943
The Western Star (traduit de l’anglais)
Ce qui suit est un rapport sur les funérailles de feu W.J. Mercer, reçu récemment par le ministère des Ressources naturelles du quartier général de l’unité forestière en Écosse :
Le samedi 22 mai 1943, les funérailles de William James Mercer [no 340 de la NOFU], du chemin Mundy Pond, à St. John’s, membre de la Newfoundland Forestry Unit, victime d’un accident mortel à la scierie de Granton (Grantown-on-Spey), ont eu lieu à Carrbridge, dans l’Inverness-shire.
Le cortège est parti de Grantown-on-Spey à 11 h 30 sous la direction de M. Leo Bruce, agent régional de l’aide sociale. Le cercueil est recouvert du drapeau de Terre-Neuve et d’un grand nombre de couronnes de la part du personnel du quartier général, de collègues et d’amis. Il précède le cortège auquel M. A.M. Hart, officier administratif, M. Joe Curran, conseiller technique (représentant le capitaine Turner qui était en congé à ce moment-là) et d’autres officiers supérieurs et hommes de l’unité se sont joints et qui formèrent un cortège derrière le corbillard jusqu’à l’église. Les porteurs étaient huit collègues du camp du défunt qui ont transporté le cercueil dans l’église, précédés par le pasteur, le révérend M. Nelson, qui a dirigé le service. Après le service, le cortège s’est rendu au cimetière où le cercueil a été déposé dans une tombe à côté de deux autres membres de la Newfoundland Overseas Forestry Unit qui ont perdu la vie au service de l’Empire.
Les membres de l’unité sont en train d’ériger une pierre tombale et cette petite parcelle du cimetière de Carrbridge restera toujours sacrée pour Terre-Neuve.
William est arrivé dans ce pays avec la Newfoundland Overseas Forestry Unit il y a trois ans et demi. Bien connu et apprécié de tous ses collègues, il laisse à Terre-Neuve une veuve et sept enfants auxquels l’officier responsable, au nom de ses collègues, adresse ses plus sincères condoléances.

