
LA PREMIÈRE
GUERRE
MONDIALE
MIGRATIONS, MARIAGES
ET SOUVENIRS

LA FIN DU CÉLIBAT
La NFC passe moins de deux ans en Écosse, juste assez de temps pour que se nouent des liens entre ses membres et les Écossaises du coin. Près de trois douzaines de mariages sont célébrés et, à la fin de la guerre, la plupart des couples quittent l’Écosse pour Terre‑Neuve.
Certes, quelques épouses finissent par retourner au Royaume-Uni, mais beaucoup d’autres décident de rester. D’autres couples choisissent plutôt d’émigrer, optant pour le Canada ou les États-Unis, où il est plus facile de trouver un emploi. Les Écossaises qui restent s’installent pour de bon à Terre-Neuve, consacrant leur énergie et leurs talents à élever leur famille et à favoriser le bien-être des collectivités qui sont maintenant les leurs.
REGARDER ET ÉCOUTER
UNE NOUVELLE POÉTESSE OFFICIELLE
Ena Constance Culbard, originaire du Leicestershire, en Angleterre, rencontre John A. Barrett (no 8028 de la NFC) à Dunkeld, où elle vit avec sa grand-mère adoptive, une veuve nommée Jessy Culbard. Ena et John se marient à Dunkeld en 1920, et déménagent ensuite à Curling, Terre-Neuve, la ville natale de John.
Une fois installée dans son nouveau pays, Ena Barrett poursuit sa passion : l’écriture. Ses poèmes figurent régulièrement dans plusieurs magazines locaux, dont The Newfoundland Quarterly et The Veteran. Ses recueils de poèmes comprennent Rainbow Thoughts (publié en 1916 alors qu’elle était encore au Royaume-Uni), Rainbow Lyrics (1922), Lilts of Newfoundland (1929) et Mayflowers and Roses (1946). Les deux derniers contiennent de nombreux poèmes sur la maternité, la guerre et son amour de « la gloire de cette île mystique » qu’est Terre-Neuve.
Les écrits d’Ena Barrett sur les événements marquants du pays lui ont valu le titre officieux de poétesse officielle de Terre-Neuve. Dans une entrevue publiée dans le Western Star le 23 mars 1957, Mme Barrett parle de sa terre d’adoption : « J’aime profondément Terre-Neuve. Les gens sont si gentils et la campagne est merveilleuse. J’ai toujours été heureuse ici. »
Dans son poème intitulé « England », Mme Barrett évoque aussi son amour pour sa terre de naissance et sa première patrie, l’Angleterre. Ce poème est lu ici par sa petite-fille, Helena Barrett MacLean.

Résumé : S’appuyant sur son propre amour de l’Angleterre et sur des images évocatrices, la poétesse affirme que ce n’est pas pour le pouvoir de l’empire que les soldats se sont battus pendant la Première Guerre mondiale. C’est plutôt pour la beauté naturelle et paisible de leur patrie — « un jardin paradisiaque, des pelouses lisses, un lit de lavande », « des primevères qui s’enfoncent dans les taillis », « l’odeur de la terre fraîchement labourée » et « de chéries collines vertes sous la pluie ». Pour la poétesse, qui vit loin de chez elle, « ces images évoqueront toujours l’Angleterre ».
Titre : England (Angleterre)
Narratrice :
No matter where I may travel
Or where my rest will be,
’Tis these will ever be England,
And England alone to me—
The peace of a vicarage garden,
Smooth lawns, a lavender bed,
And the vicar busied with weeding,
The sun on his bowed white head;
Primroses deep in the coppice,
Drenched with the silver dew;
The frail young leaves of the beech trees
With the blue sky peeping through;
Song of the birds at dawning,
The scent of the fresh ploughed earth;
And the grave, by soft moss covered,
Of the mother who gave me birth.
This is the England they fought for;
Not the glory of spire and tower,
The glory that hate can shatter
In one tempestuous hour;
But the glory by artist painted,
By bard immortalized,
The sabbath peace of a homeland
The hearts of her sons have prized.
This is the England they died for
And will die again and again;
Not for her power as a nation,
But for dear green hills in the rain.
And no matter where I may travel
Or where my rest will be,
These things will ever mean England
And England alone to me.
Crédits :
Production : Ursula A. Kelly et Meghan C. Forsyth
« England » (Angleterre) d’Ena Constance (Culbard) Barrett
Narratrice : Helena Barrett MacLean
Enregistrement : Julia Jordan
Photographie d’Ena Culbard, vers 1915, utilisée avec l’aimable autorisation d’Helena Barrett MacLean
Photographie « Bradfield Church Graveyard » de Dave Hudson
Photographies historiques utilisées avec l’aimable autorisation de Wikimedia Commons
2024
Logos : Grand Falls-Windsor Heritage Society, Université Memorial et Musées numériques Canada
N’AJOUTEZ PAS À LEUR FARDEAU DÉJÀ LOURD
De nombreux journalistes écrivent des lettres de bienvenue chaleureuses, et même souvent élogieuses, à l’intention des Britanniques qui ont immigré avec leurs maris à Terre‑Neuve à la fin de la Première Guerre mondiale. Ces quelques mots de bienvenue sont une version abrégée et traduite de Scotch Lassies, d’E.A. Smith.
Lorsque nos braves garçons, imprégnés de l’esprit de la Grande Aventure, se sont retrouvés dans les vieux pays, elles les ont accueillis, et avec leur peuple, les ont aidés à surmonter le mal du pays qui déchire toujours le cœur de ceux qui ont, peut-être pour toujours, quitté leur foyer et leur famille à des miles de là, par-delà des flots infinis de lassitude. Lassies [jeunes filles], vous étiez leur source de réconfort à l’époque, qu’ils soient le vôtre aujourd’hui. […]
Faisons-nous un devoir et une joie d’accueillir dans nos foyers et nos cœurs celles à qui nos marins et nos soldats sont liés par l’amour et le dévouement. Faisons en sorte qu’elles se sentent chez elles. Que chacune d’elles se rende compte qu’elle est l’une des nôtres […] désormais, notre propre famille. […]
Restez donc à leurs côtés quand elles ont des problèmes, aidez-les à surmonter les difficultés. N’ajoutez pas à leur fardeau déjà lourd. Aimez-les comme vos propres filles et elles vous aimeront à leur tour. Accueillez-les comme on sait le faire à Terre-Neuve, et elles ne demanderont ni ne souhaiteront rien de plus.
– E.A. Smith dans The Newfoundland Magazine, juillet 1919
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UNE VISITE AU ROYAUME-UNI
Margaret Isabella (Belle) Barron, de Crossett’s Seat, dans l’Aberfeldy, épouse d’Enos Budgell (no 8152 de la NFC) de New Bay, à Terre-Neuve. Ils s’installent à Corner Brook, dans le pays de l’époux. En 1948, Belle fait un voyage dans son Écosse natale. Voici une version traduite et abrégée de son séjour, tirée d’un récit publié dans son intégralité en anglais dans The Western Star du 27 mai 1949.
J’ai quitté Corner Brook le 11 septembre pour me rendre d’où je viens, à Aberfeldy, dans le Perthshire, en Écosse. C’était la première fois que je rentrais chez moi en 29 ans. Les sentiments que j’ai éprouvés en revoyant mes amis et mes parents âgés sont indescriptibles. Mon père est décédé pendant mon voyage et nous l’avons enterré à Kenmore, un endroit que connaissent bien les gars de la NFC de la Première Guerre mondiale, puisqu’ils y étaient stationnés. Pendant mon séjour, j’ai visité les tombes du soldat Gerald Hogan (n° 8111) et du soldat Arthur Wyatt (n° 8130), et j’espère publier bientôt dans le journal local une photo de la magnifique pierre tombale érigée à leur mémoire par les officiers et les hommes de la Newfoundland Forestry.
À Drummond Hill, où travaillaient les Terre-Neuviens, il y a maintenant une nouvelle forêt, et la vue est magnifique. Je suis allée à Acharn, je suis passée par Fearnan, j’ai contourné le Loch Tay jusqu’à Killin, j’ai visité Fortingall et j’ai passé une journée à Glen Lyon. Nombreux sont les Terre-Neuviens qui se souviendront de ces endroits. Je suis également passée par Dunkeld et Birnam (où a œuvré la Newfoundland Forestry avant d’aller à Kenmore), et j’ai eu droit à une vue imprenable sur Craigvinean, qui a également été reboisée depuis la Première Guerre mondiale et qui est aujourd’hui une grande forêt.

Le Garden Tea Room de Dunkeld était l’un de ces endroits prisés par les gars, et je suis heureuse de rapporter que lorsque je suis passée en bus, j’ai vu l’ancien panneau de l’établissement, toujours au même endroit.
À Markinch, dans le comté de Fife, j’ai eu le plaisir de visiter les usines de papier Tullis Russell dans les installations d’Auchmuty et de Rothes. Elles sont très différentes des usines de Corner Brook, mais très intéressantes. On y fabrique principalement du papier d’alfa et de la pâte suédoise qui ressemble à la pâte au sulfite que produit la machine n° 6 à Corner Brook. On y fait surtout du papier superfini. […]
J’ai quitté Prestwick le 26 avril et notre avion est resté cloué au sol près de deux heures en Islande. Nous sommes finalement arrivés à Gander, puis à Corner Brook, mettant fin à une agréable visite de ma charmante Écosse et de l’Angleterre.
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ÉPOUSES DE GUERRE ÉCOSSAISES : HEUREUX SOLDATS TERRE-NEUVIENS
Des adieux tonitruants fusaient de toute part sur les ponts bondés du Corsican, le paquebot du Canadien Pacifique qui a quitté la Mersey en direction de St. John’s avec à son bord 1 100 officiers et hommes du Newfoundland Regiment qui rentrent chez eux. Tous étaient enthousiastes à l’idée de retourner à leur travail de bûcheron ou de pêcheur, ou encore à l’usine de pâtes et de papier de l’Anglo-Newfoundland Development Company, à Grand Falls, qui fabrique le papier du The Daily Mail. Dans le Perthshire, plusieurs centaines d’hommes travaillent dans les forêts, et plusieurs d’entre eux rentreront avec une épouse écossaise. Personne n’est plus enchanté par les perspectives qui les attendent à Terre-Neuve que ces jeunes mariés.
– Réimprimé dans The Evening Telegram, le 27 février 1919, lors de sa publication dans The Daily Mail de Londres (traduite de l’anglais)

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L’AMOUR ET LES SENTIMENTS ONT TROUVÉ BEAUCOUP D’ENTRE NOUS EN TEMPS DE GUERRE
Pendant la Première Guerre mondiale, Dunkeld était un centre de recrutement, bourdonnant d’hommes vêtus de kaki. On sonnait le réveil dans les rues et partout dans la ville, il y avait des sentinelles en poste. Les souvenirs reviennent, cette fois des pas qui vont, qui vont, qui vont toujours. […] Ces années de conflit ont fini par passer. Mais nous étions jeunes à l’époque, et l’amour et les sentiments ont trouvé beaucoup d’entre nous en temps de guerre. Il y avait de joyeux petits rassemblements dans le presbytère près du fleuve, autour du piano, où l’on chantait les vieilles chansons du temps de la guerre. On nous raccompagnait à la maison, parfois assez loin. Le 17 juin 1920, je me suis agenouillée, jeune mariée sous la magnifique fenêtre côté est de la cathédrale [de Dunkeld]. L’imposante et noble figure de Saint-Colomba, la main levée en signe de bénédiction, m’a semblé prendre vie au moment où les rayons de soleil ont filtré par le vitrail et sont tombés sur l’anneau d’or à mon doigt.
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DUNKELD REVISITÉ
Le capitaine Leo C. Murphy (no 0-35 du NR) est connu pour ses témoignages de ce qu’a vécu le Newfoundland Regiment outre-mer pendant la Première Guerre mondiale. Ses écrits ont été publiés abondamment, notamment dans les journaux locaux de Terre-Neuve. Après la guerre, il a souvent commenté les questions liées aux anciens combattants et au service de guerre, comme dans cet article, ici traduit de l’anglais, rédigé après une visite à Dunkeld dans les années 1950.
Il y a des centaines d’hommes, dans la NFC, qui ont connu les domaines d’Atholl. […] Il y a des hommes grisonnants qui se souviennent des vieilles maisons du 18e siècle sur la rue Cathedral et de The Cross, à Dunkeld. […] Ceux qui ont servi au sein de la NFC connaîtront aussi Aberfeldy et Aberdeen. Mais en ce qui concerne Dunkeld, les bâtiments qui la composent font partie intégrante du patrimoine et des traditions de l’Écosse. Ils témoignent d’une époque où la dextérité manuelle de ce pays était irréprochable, et ceux qui ont servi outre-mer, quand la puissance des forêts a aidé l’Empire britannique, seront heureux d’apprendre qu’une grande partie de ces terres est vouée à une préservation permanente.

PORTRAIT D’UN FORESTIER
Frank Stares (no 449 du NR), de Port Blandford, est blessé lors des combats à Beaumont Hamel. Il est transféré à la NFC en décembre 1917. Son frère Harry (no 8265 de la NFC) s’enrôle aussi et devient le plus jeune membre de l’unité. Le 21 décembre 1920, Frank Stares épouse Mary Black Young de Glasgow. Ils vivent à Glasgow, où M. Stares travaillera comme ouvrier au timbrage-relief et tôlier. Il s’éteint à Glasgow en 1964.